vendredi, 22 décembre 2006

L'indécence

medium_College_Albert_Camus_Meaux_Reuters.jpgUn collégien de 12 ans est décédé. De suite, l’emballement médiatique fait son œuvre. Des coups portés par d’autres élèves, voir leur acharnement, en seraient responsables avant d’apprendre, aujourd’hui, que la jeune victime souffrait d’une malformation cardiaque. Celle-ci est la cause principale du décès, précipitée par le stress des chamailleries, parfois dures, comme il en existe un grand nombre dans tous les établissements d’enseignement.

Au journal télévisé de Françoise Laborde, on rappelle le contexte violent du collège Albert Camus de Meaux, le manque drastique de personnel d’encadrement dont les nouvelles recrues se font toujours attendre, on nous présente la mine déconfite du maire, Jean-François Copé, par ailleurs Porte-parole du gouvernement celui-là même qui avait promis un surcroît d’effectifs et, bien sûr, les protestations de parents d’élèves et d’enseignants devant la carence des autorités académiques.

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vendredi, 13 octobre 2006

PS : Vox populi

medium_Segolene_Royal_Frangy_AFP.2.JPGLa reine de la démocratie participative n’aime pas les débats qui, pourtant, constituent justement l’essence et la raison d’être… de la démocratie. Elle l’a suffisamment martelé, sous tous les angles, et la dernière fois à la Réunion, pour que personne au PS ne puisse feindre de l’ignorer.

En fait, ceux qui la connaissent bien, ou ont travaillé avec elle, insistent surtout sur son appétence à tout contrôler, ce qui ne lui est pas particulier, et sa répulsion à être prise en défaut ou contredite.

C’est du bout des lèvres qu’elle avait consenti de participer aux émissions de télévisions prévues par les chaînes parlementaires, à l’audience confidentielle, et après adoption d’un protocole stricte digne des conférences américano-soviétiques du temps de la guerre froide. Même la position et la taille des pupitres derrière lesquels s’abriteront chaque candidat a fait l’objet d’âpres discussions ! Quant aux questions des militants, elles seront toutes connues d’avance.

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lundi, 28 novembre 2005

La nouvelle philosophie : de DELEUZE à FINKIELKRAUT

Dans un entretien au journal Le Monde, daté 26 novembre, Alain Finkielkraut est revenu sur son interview donnée au journal israélien Haaretz « Je ne pense pas un instant que l’humanité ait jamais été divisée entre civilisés et sauvages Ce point de l'article, je le nie complètement. Le reste, avec les précisions que j'ai essayé de donner, je l'assume » a-t-il conclu.

A la fin des années 1970, avec Bernard-Henri Lévy, André Glucksman, Pascal Bruckner, Jean-Marie Benoist et d’autres, Alain Finkielkraut était identifié à un groupe de réflexions connu sous le vocable de « nouveaux philosophes »

Gilles Deleuze, dont nous commémorons le dixième anniversaire de sa mort, avait eu l’occasion de donner son opinion sur ce « courant de pensée. » Je ne crois pas inutile afin d’éclairer et de mettre une fin ( ?) au « dossier » Finkielkraut d’en reproduire ici quelques extraits dont l’intégralité des propos a été repris dans « Gilles DeleuzeDeux régimes de fous – Editions de minuit - 384 pages)

"Je crois que leur pensée est nulle. Je vois deux raisons possibles à cette nullité. D’abord ils procèdent par gros concepts, aussi gros que des dents creuses, LA loi, LE pouvoir, LE maître, LE monde, LA rébellion, LA foi, etc. Ils peuvent faire ainsi des mélanges grotesques, des dualismes sommaires, la loi et le rebelle, le pouvoir et l’ange. En même temps, plus le contenu de pensée est faible, plus le penseur prend d’importance, plus le sujet d’énonciation se donne de l’importance par rapport aux énoncés vides (« moi, en tant que lucide et courageux, je vous dis..., moi, en tant que soldat du Christ..., moi, de la génération perdue..., nous, en tant que nous avons fait mai 68..., en tant que nous ne nous laissons plus prendre aux semblants... »). Avec ces deux procédés, ils cassent le travail. Car ça fait déjà un certain temps que, dans toutes sortes de domaines, les gens travaillent pour éviter ces dangers-là. On essaie de former des concepts à articulation fine, ou très différenciée, pour échapper aux grosses notions dualistes. Et on essaie de dégager des fonctions créatrices qui ne passeraient plus par la fonction-auteur (en musique, en peinture, en audio-visuel, en cinéma, même en philosophie). Ce retour massif à un auteur ou à un sujet vide très vaniteux, et à des concepts sommaires stéréotypés, représente une force de réaction fâcheuse. C’est conforme à la réforme Haby : un sérieux allègement du « programme » de la philosophie..."

 

 

Marketing littéraire

 

"...Ils (les nouveaux philosophes) ont une nouveauté réelle, ils ont introduit en France le marketing littéraire ou philosophique, au lieu de faire une école. Le marketing a ses principes particuliers :

1. il faut qu’on parle d’un livre et qu’on en fasse parler, plus que le livre lui-même ne parle ou n’a à dire. A la limite, il faut que la multitude des articles de journaux, d’interviews, de colloques, d’émissions radio ou télé remplacent le livre, qui pourrait très bien` ne pas exister du tout. C’est pour cela que le travail auquel se donnent les nouveaux philosophes est moins au niveau des livres qu’ils font que des articles à obtenir, des journaux et émissions à occuper, des interviews à placer, d’un dossier à faire, d’un numéro de Playboy. Il y a là toute une activité qui, à cette échelle et à ce degré d’organisation, semblait exclue de la philosophie, ou exclure la philosophie.

2. Et puis, du point de vue d’un marketing, il faut que le même livre ou le même produit aient plusieurs versions, pour convenir à tout le monde une version pieuse, une athée, une heideggerienne, une gauchiste, une centriste, même une chiraquienne ou néo-fasciste, une « union de la gauche » nuancée, etc. D’où l’importance d’une distribution des rôles suivant les goûts. Il y a du Dr Mabuse dans Clavel, un Dr Mabuse évangélique, Jambet et Lardreau, c’est Spöri et Pesch, les deux aides à Mabuse (ils veulent « mettre la main au collet » de Nietzsche). Benoist, c’est le coursier, c’est Nestor. Lévy, c’est tantôt l’imprésario, tantôt la script-girl, tantôt le joyeux animateur, tantôt le dise-jockey. Jean Cau trouve tout ça rudement bien ; Fabre-Luce se fait disciple de Glucksmann ; on réédite Benda, pour les vertus du clerc. Quelle étrange constellation.

Sollers avait été le dernier en France à faire encore une école vieille manière, avec papisme, excommunications, tribunaux. Je suppose que, quand il a compris cette nouvelle entreprise, il s’est dit qu’ils avaient raison, qu’il fallait faire alliance, et que ce serait trop bête de manquer ça. Il arrive en retard, mais il a bien vu quelque chose. Car cette histoire de marketing dans le livre de philosophie, c’est réellement nouveau, c’est une idée, il « fallait » l’avoir. Que les nouveaux philosophes restaurent une fonction-auteur vide, et qu’ils procèdent avec des concepts creux, toute cette réaction n’empêche pas un profond modernisme, une analyse très adaptée du paysage et du marché. Du coup, je crois que certains d’entre nous peuvent même éprouver une curiosité bienveillante pour cette opération, d’un point de vue purement naturaliste ou entomologique. Moi, c’est différent, parce que mon point de vue est tératologique : c’est de l’horreur. »

Nul doute que notre journaliste-philosophe assumerait, sans réserves, ce jugement d'un authentiqie philosophe.

Photos : Gamma - Hélène Bamberger

vendredi, 25 novembre 2005

Finkielkraut : excuses

Ce matin au micro d’Europe1, Alain Finkielkraut est revenu sur l’interview qu’il avait donnée au journal israélien Haaretz, le 18 novembre, sur les émeutes dans les banlieues.

« Je présente des excuses à ceux que ce personnage a blessés. Je n'ai en moi aucun sentiment de mépris ou de haine à l'égard de quelque collectivité que ce soit et je me sens solidaire par vocation des nouveaux immigrés en France et notamment des immigrés de la deuxième ou troisième génération."

« Je recherche la vérité (…) Mais là, il s'agit de tout autre chose : du puzzle de citations qu'il y a eu dans 'Le Monde', surgit un personnage odieux, antipathique, grotesque auquel je n'aurais pas envie de serrer la main. Et on me dit, là le cauchemar commence, que ce personnage c'est moi. Je n'ai aucun rapport avec le personnage que dessine ce puzzle. »

Alain Finkielkraut faisait référence à l’article que le quotidien, dans son édition du 23 novembre, lui avait consacré en reprenant les extraits de ses propos. Le journaliste-philosophe, comme il se qualifie lui-même, avait également donné son point de vue au Figaro, daté du 15 novembre, dans lequel il affirmait, notamment, que « la violence actuelle n’est pas une réaction de l’injustice de la République, mais un gigantesque pogrome antirépublicain. »

De telles allégations avaient provoqué un vif émoi et suscité un débat passionné, y compris ici même à voir les commentaires reçus. Le MRAP a exprimé son intention de porter plainte et de demander au CSA le retrait d’Alain Finkielkraut de l’antenne de France Culture sur laquelle il anime une émission hebdomadaire

Notre nouveau philosophe découvre, peut-être un peu tard, le poids et la signification des mots mais aussi que la philosophie, temps de l’interrogation et de la réflexion, ne fait pas bon ménage avec la scène médiatique, lieu de villégiature d’une métaphysique de l’éphémère.

Au sujet du caractère ethnico-religieux des émeutes, Alain Finkielkraut a précisé « Je l’ai dit, mais tout le monde le pense… » Et c’est bien là le (son) problème. Nous n’attendons pas des intellectuels, du moins ceux qui se revendiquent comme tels, d’adhérer complaisamment à une opinion dominante mais d’être des décrypteurs de sens, ce qui suppose un recul sur les évènements et une pensée à l’articulation fine.

Alain Finkielkraut n’a pas agi en philosophe, mais en journaliste-chroniqueur de ses tourments. En cela, il adhère parfaitement aux affres de son temps et nous délivre un discours qui se sous-tend de lui-même.  Il y a, chez cet homme, une peur de l’Autre et un enfermement de la pensée qu’il vient, nous l’espérons pour lui, de découvrir.

Un homme vrai, disait François Mauriac, ça ne coure pas les rues, ni les salles de rédaction, ni les antichambres des éditeurs.

Dont acte !

Photo : Haaretz

mercredi, 16 novembre 2005

Finkielkraut : un racisme très ordinaire

« Crise d’identité » a dit le président. Aussi, me suis-je mis en quête de quelques intellectuels afin d’avoir un décryptage d’une actualité qui interpelle l’ontologie de l’être (tendance Heidegger) et le « vouloir vivre ensemble » (version Hannah Arendt). L’importance du questionnement, la nostalgie d’un temps où penser donnait du sens, nécessitaient de partir sur les traces d’un Sartre, Foucault, Deleuze, Barthes, voir Derrida. Peut-être ai-je mis la barre un peu haute car les penseurs de ce calibre, pour autant qu’ils existent encore, sont aux abonnés absents.

En période de pénurie, il me restait le second choix : celui d’Alain Finkielkraut, philosophe sous X, qui s’est exprimé sans ambiguïté et abondamment sur le sujet qui nous occupe. L’auteur de « La défaite de la pensée » (ça ne s’invente pas !) y va de ses divagations à l’emporte-pièce en enfourchant son cheval de bataille favori de la haine islamo arabe dans une interview donnée au Figaro du 15 novembre, reprenant l’essentiel de son émission hebdomadaire sur Radio J de la semaine précédente.

A côté de ses paroles, celles du président de la République font figure de propagande gauchiste.

Pour cet archaïque de la nouvelle philosophie « la violence actuelle n’est pas une réaction de l’injustice de la République, mais un gigantesque pogrome antirépublicain » constitué de dangereux islamistes, qui « vouent une haine à l’occident », et ressemblent « à ces supporters qui vont dans les stades (…) et poussent des grognements de singe chaque fois lorsqu’un joueur noir a la balle »

Il n’y a pas, pour ce tribun des « café du commerce », de territoires perdus : « si ces territoires étaient à l’abandon, il n’y aurait ni autobus, ni crèches, ni écoles, ni gymnases à brûler. » Il voit comme cause des émeutes le rap, « la vulgarité sans fond des talk show » (particulièrement l’émission de Marc Olivier Fogiel), « la méchanceté ringarde des Guignols de l’info. » Il n’y a aucun ghetto puisque lorsque « les gens ont de l’argent ils peuvent en sortir. »

Sur l’école, bien évidemment, nous avons tout faux. Celle-ci ne peut rien contre le chômage. Ce n’est pas son objectif qui est, exclusivement, d’instruire. Au demeurant, nous devons constater que l’école républicaine (celle en blouse grise ?) est morte depuis longtemps. « C’est le modèle post-républicain de la communauté éducative supersympa et immergé dans le social qui prend feu. » Alain Finkielkrault est pour « une éducation sévère » et fustige ces élèves qui « refusent d’étudier l’édification des cathédrales » et voient la colonisation « comme un crime contre l’humanité » alors qu’elle n’est qu’un « phénomène terrible et ambigu. » Pour ce rhétoricien de la vacuité « la langue française doit reconquérir le parler banlieue, ce sabir simpliste, hargneux, pathétiquement hostile à la beauté et à la nuance. »

Inutile de préciser que pour Alain Finkielkraut la compassion n’est pas de mise. Il la laisse aux « bobos écolos qui font du vélo à Paris. » Quant à Nicolas Sarkozy, « il est populaire dans les banlieues. »

Gilles Deleuze, authentique philosophe s’il en fut, nous avait mis en garde contre les « nouveaux philosophes », et leurs concepts mous, en qui il voyait les prémices de l’émergence d’un marketing de la pensée. Ils ont été condamnés, sans réserves, par Sartre et Simone de Beauvoir. En privé, l’auteur des Mots avait eu un jugement plus tranché : « ce sont des cons. » Certes, « ces propos ne devraient pas faire partie du vocabulaire » d’un prix Nobel, mais comme le dit justement Alain Finkielkraut au sujet du fameux racaille « les mots manquent devant ces gens. »

Dominique de Villepin avait trouvé un cicérone en Bernard-Henri Henry. Nul doute que le ministre de l’Intérieur vient de découvrir le sien. Jean-Marie Le Pen doit en être jaloux

Photo : Reuters

Egalement :

Lire le portrait de Nicolas Sarkozy fait par l’acteur Mathieu Kassovitz sur son blog (savoureux !)

mardi, 15 novembre 2005

Chirac : méthode Coué

Inventaire 

Bilan des tumultes banlieusardes : deux décès d’adolescents et d’un adulte, 8.626 véhicules brûlés, 2.767 personnes interpellées, 590 écrouées dont 107 mineurs, 375 majeurs condamnés à de la prison ferme jusqu’à 1 an et 200 millions d’euros de dégâts dont 20 pour les voitures. 12.000 policiers ont été mobilisés et des journalistes (pas encore des représentants de guerre) venus du monde entier.


Quelque soit l’interprétation de ce désastre, nous sommes obligés de constater que, sans lui, le président de la République et le gouvernement n’auraient pas :


·         Rétabli le niveau des subventions aux associations, drastiquement diminuées par le gouvernement précédent.
·         Annulé la baisse des crédits octroyés à la Haute autorité de lutte contre les discriminations (HALDE)
·         Accéléré la mise en place du plan de cohésion social
·         Proposé des solutions pour pallier l’échec scolaire par une mesure (contestée) facilitant l’apprentissage à partir de 14 ans
·         Revu la suppression de la police de proximité
·         Annoncé la création d’un service civil volontaire afin d’assurer une formation à 50.000 jeunes dès cette année (en fait déjà en place)
·         Incité les entreprises et les organisations syndicales à se mobiliser contre la discrimination à l’embauche, et les médias à mieux rendre compte de la diversité de la société française
·         EnjoinT les communes à respecter la loi les obligeant à construire au moins 20 % de logements sociaux sur leurs territoires (Eric Raoult appréciera !)
·          Invité les partis politiques à assurer une réelle représentation des populations issues de l’immigration


A voir la longue liste des propositions ainsi faites au plus haut sommet de l’Etat, force est de reconnaître que les émeutes n’étaient nullement gratuites et avaient quelques fondements même s’il faut absolument condamner la violence, d’où qu’elle vienne.


Urgence


Jacques Chirac a eu raison de souligner, dans son allocution télévisée, que nous sommes en présence d’une « crise de sens, d’une crise de repères, d’une crise d’identité. » Mais, elle n’est pas nouvelle puisque, lui-même, alors qu’il était candidat à la présidentielle de 1995, en avait fait un très exact diagnostic. Aussi ne pouvons-nous qu’être sceptique lorsqu’il s’engage à mettre « les actes en concordance avec les paroles ». « Les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent » a dit un certain… Jacques Chirac dans un entretien au journal Le Monde du 22 février 1988.


Quant aux mesures à prendre pour rétablir l’ordre public, thème cher à la droite, le président de la République décide de proroger l’état d’urgence pour une durée de trois mois. Serions-nous donc en guerre, la République vacillerait-elle et le gouvernement menacé d’être déposé par un quarteron d’insurrectionnels pour que le chef de l’Etat soit contraint d’envisager une mesure d’exception ? Laquelle permet notamment :

  • Les perquisitions jour et nuit par la police sans autorisation judiciaire
  • Les assignations à résidence et les interdictions de séjour
  • Le couvre-feu décidé par l’autorité préfectorale sur tout ou partie du territoire
  • La fermeture des lieux publics, salles de réunion et de spectacles
  • Le contrôle de la presse
  • La saisine des juridictions militaires aux lieux et place des tribunaux judiciaires

Exception


Décision qui paraît d’autant plus incongrue que d’une part, l’actuel couvre-feu n’est pas appliqué dans les départements où les émeutes furent les plus virulentes et d’autre part, les préfets relèvent une nette décrue des violences urbaines. Et il n’est pas établi que le code pénal s’avère insuffisant pour rechercher et arrêter des délinquants.


Le gouvernement ne peut plus faire l’économie des réformes structurelles trop longtemps différées. La question est de savoir s’il en a encore les moyens politiques tant sa majorité est engluée dans une idéologie de la peur et de la surenchère sécuritaire, qui fit recette en 2002.


Dans un pouvoir qui s’effrite, et dérape dans l’incompréhension de la réalité sociale, la tentation est grande de faire des lois liberticides un ordinaire. En pareille circonstance, il n’est pas un état moderne qui n’y succombe. L’exception devient la règle. Bush en a fait l’expérience après l’effondrement des Twin’s, il en est de même pour Tony Blair. « Pour créer le droit, nul n’est besoin d’être dans son bon droit » nous avait prévenu, Carl Schmitt, théoricien de l’état d’exception, aujourd’hui très en cours, et grand idéologue du IIIème Reich.


Insensé !

Photo : AFP

lundi, 14 novembre 2005

Peur sur la ville

Il fait bon vivre à Evreux. Il y a dix ans une petite bourgeoisie compassée, pour laquelle les Evangiles s’arrêtent à la sortie de la Cathédrale, avait obtenu du Vatican le départ du très médiatique Mgr Gaillot, trop progressiste à leurs yeux. Aujourd’hui, grâce à son maire Jean-Louis Debré, la capitale ébroïcienne, qui souffre d’un déficit certain de notoriété, peut s’enorgueillir d’être devenue, aux yeux du monde, l’exemple d’une cité ségrégationniste.

En effet, depuis le 9 novembre 05 plus de 20.000 personnes font l’objet d’une mesure de couvre-feu radicale s’appliquant tant aux mineurs qu’aux majeurs. De 22 heures à 5 heures le quartier de La Madeleine est bouclé par une compagnie de CRS et personne ne peut franchir les barrières qui le ceinturent. Un hélicoptère, veillanr jalousement sur ce pan de territoire à 3 km du paisible centre ville, est là pour rappeler que l’ordre moral veille.

Près de 40 % d’une population se trouve la nuit ainsi confinée, comme au bon vieux temps de l’Algérie française, et stigmatisée. Même à Clichy sous Boiset dans tous les départements de la région parisienne, où les exactions ont été d’une bien autre ampleur à la suite de la mort de deux adolescents, les préfets se sont refusés à pareille mesure.

Fait unique en France des milliers de gens, pour la grande majorité, issus de l’immigration, subissent, de ce fait, une contrainte qui fleure bon un relent colonialiste sous l’œil d’une opposition indicible. Jean-Marie Le Pen en avait rêvé, Philippe de Villiers n’osait l’envisager mais Jean-Louis Debré l’a adoptée. Jacques Chirac peut être fier de son vaillant grognard.

Par l’onction d’un décret présidentiel toute une catégorie d’habitants est ainsi élevée à la sinistre dignité de racaille, pour reprendre la distinction favorite de Nicolas Sarkozy.

La ville, dont le maire est ancien ministre de l’Intérieur et magistrat, serait donc devenue un gigantesque repaire de voyous dont l’Idylle préféré de la chiraquie n’aurait pu venir à bout depuis qu'il a ravi la municipalité, en 2001, au communiste Roland Plaisance.

Aussi, Citoyens, pour les prochaines élections, je n'ai qu'un conseil à vous donner : sortez vos Kärchers !

Photo : AFP

samedi, 12 novembre 2005

Télévision

Beaucoup se souviennent de François Mitterrand et Helmut Kohl se tenant la main à Douaumont, sur les lieux de la Bataille de Verdun où 700.000 soldats tombèrent pour leurs patries. C’était le 22 septembre 1984, l’Allemagne n’était pas encore réunifiée. Les deux chefs d’Etat entendaient signifier au monde l’indestructible alliance des deux anciens ennemis devenus le moteur de la construction européenne.

Cette cérémonie toute chargée d’émotions, longuement préparée et diffusée par tous les médias internationaux, a eu bien plus de force que tous les longs discours.

Le président français et le chancelier allemand s’inscrivaient dans une symbolique inhérente à leurs fonctions. Il en est ainsi pour tout homme politique. C’est pour avoir méconnu ce principe que Léon Schwartzenberg, cancérologue réputé, avait dû démissionner du gouvernement de Michel Rocard, 9 jours après sa nomination comme ministre de la Santé. Il avait fait part, publiquement, de ses conceptions personnelles, très libérales, sur la drogue. Pour la suite, il avait reconnu que les mêmes paroles n’ont pas une signification identique selon le lieu d’où elles sont prononcées et qu’un ministre, s’adressant à l’opinion publique, n’est pas l’homme de la rue.  

Il fallait se remémorer ces deux évènements en regardant l’émission d’Arlette Chabot, « A vous de juger » diffusée le 10 novembre sur France2 et consacrée aux banlieues.

Nicolas Sarkozy y a persisté dans l’emploi de son vocabulaire musclé et partisan.

Or, un membre du gouvernement n’est pas que ministre de la police, des victimes, des juges ou d’une quelconque catégorie de la population, il est, avant tout, le ministre de la République. C’est-à-dire, le représentant de l’intérêt collectif au sein de l’Etat, et non simplement celui d’une sommation d’intérêts individuels. Au surplus, contrairement à ce que nous donne à penser le président de l’UMP, pourtant ancien avocat, un voyou ou une racaille ne cessent pas d’être des sujets de droit. S’il est indispensable qu’un délinquant soit recherché, arrêté et jugé, la démocratie exige, quelque soient le délit ou le crime commis, qu’il puisse retrouver sa place dans la société une fois le jugement exécuté. Faute de quoi, la peine perd tout son sens. Il convient de se prémunir, en la circonstance, d’un manichéisme outrancier. Les choses et, surtout, les êtres ne sont pas si simples qu’il pourrait y paraître de prime abord, « je serai un parfait salaud parfaitement détesté à défaut d’avoir été idéalement aimé » nous prévient Sartre dans son Saint Genet.

Cela ne semble pas être la religion du ministre de l’Intérieur. Il entend nous démontrer qu’il serait le porte-parole des « honnêtes gens » face aux « autres » mis, ainsi, à l’index. Mais les « autres » sont, également, des citoyens. Si nous voulons les remettre un jour sur « le bon chemin » encore devons-nous ne jamais l’oublier. Le ministre d’Etat est trop intelligent, et fin stratège, pour ne pas en avoir conscience.

 

Une fraternité dans la terreur

 

Le drame des banlieues n’est que le reflet de celui traversé par notre société morcelée. La discrimination dont souffrent ces jeunes, parce qu’ils ont la mauvaise couleur de peau et sont relégués dans des ghettos, ne sera pas résolue par les seules vecteurs répressifs et budgétaires. Le mal est trop profond et provient, avant tout, du regard porté par ceux qui ont la « bonne couleur » et bien sûr, à ce titre, détiennent la vérité. L’Etranger de Camus n’est pas loin.

Nous vivons l’ère des antagonismes : politiques/citoyens, adultes/enfants, villes/banlieues, hommes/femmes, riches/pauvres, patrons/salariés, jeunes/vieux, etc. Raymond Aron nous avait mis en garde contre une civilisation qui engendre communautarisme et racisme en faisant « de chaque individu le membre d’un groupe et (qui) incite chaque groupe à comparer son sort à celui des autres groupes. »

Les jeunes des banlieues se sont fondus, par le jeu de l’Histoire, en une « fraternité-terreur » telle que Sartre nous la donne à lire dans La Critique de la raison dialectique : « chacun réagit d’une manière nouvelle, ni en tant qu’individu ni en tant qu’Autre mais comme incarnation singulière de la personne commune. » Aussi, ce mouvement est-il condamné à se perdre dans une logique nihiliste qu’aucun acte normatif n’est susceptible d’enrayer.

Seule une médiation par la parole peut restituer du sens à un devenir sans autre illusion que le désespoir. C’est là, toute la responsabilité de nos dirigeants qui leur impose de ne pas sombrer dans la démagogie des amalgames et des invectives.

Au commencement était le Verbe.

Photo : AFP

mardi, 08 novembre 2005

Désarroi et vacuité

Nonobstant le tragique de la situation, entendre notre flamboyant Premier ministre décréter le couvre feu alors qu’une grande majorité de nos banlieues flambent ne manquerait pas d’humour.

Ne faudrait-il pas rire de la bête comme le proposait Brecht si nos libertés publiques n’étaient en cause ? Même au plus fort des évènements de mai 68, le général de Gaulle n’avait pas envisagé une telle mesure d’exception.

Promulguée afin de pallier « un péril imminent résultant d'atteintes graves à l'ordre public » ou « en cas d’événements présentant (…) le caractère de calamité publique », la loi du 3 avril 1955, qui sera donc en application, avait été votée pendant la guerre d’Algérie afin de faire face à la rébellion des mouvements d’indépendance. Triste ironie du sort, les jeunes qui forment le gros de la population de nos cités sont, pour la plupart, les enfants et les petits enfants des immigrés venus de nos anciennes colonies. Symbole, s’il en faut, de l’échec de toute une politique d’intégration dans lequel droite comme gauche ont leur part de responsabilité.

 « La politique d'intégration du gouvernement ne serait pas comprise s'il ne s'y ajoutait la volonté ferme et entière, dans le domaine économique et social comme dans le domaine politique et dans le domaine administratif, d'offrir des chances égales à tous ceux, quelle que soit leur origine, qui naissent sur le sol algérien. » Cette belle déclaration de principe n’est ni du président de la République ou de Dominique de Villepin mais…. de François Mitterrand, alors ministre de l’Intérieur dans le gouvernement de Pierre Mendès-France, du 19 juin 1954 au 23 février 1955.

L'état d'urgence n’avait été déclaré qu’une seule fois sur le territoire métropolitain, au moment du « putsch des généraux »

Recourir à de telles extrêmités en dit long sur le désarroi du gouvernement pour résoudre la crise, non seulement des banlieues qui en sont le révélateur, mais aussi et surtout de notre société dans sa globalité. D’ailleurs, le reste des propositions du Premier ministre, comme le rétablissement du niveau des subventions aux associations, diminuées par Jean-Pierre Raffarin, alors qu’elles étaient auparavant déjà insuffisantes montre bien l’incompréhension des pouvoirs publics face à une situation qui, manifestement, les dépasse.

Pourtant en 1995, le candidat Jacques Chirac, publiait un livre programme au titre évocateur « La France pour tous » dans laquelle il faisait une très juste description du ressentiment de nos cités, telle que nous pouvons le percevoir aujourd’hui. « Quand trop de jeunes ne voient poindre que le chômage ou des petits stages au terme d'études incertaines, ils finissent par se révolter » écrivait-il tout en précisant combien la « fracture sociale (…) menace l’unité nationale.

Dix ans plus tard le même homme, devenu président de la République, au dixième jour des émeutes, et après une réélection à plus de 80 % des suffrages, ne peut balbutier que des paroles hésitantes à la portée improbable. Le contre feu de l’urgence sociale aura été dévoré par quelque calandre égarée dans les greniers de l’Elysée.

Un seul mot vient à l’esprit : vacuité. Du pouvoir, comme du sens d’un monde que l’absence de repères et d’espoir mène tout droit au chaos.  

lundi, 07 novembre 2005

Banlieues : Les Flammes de Dantec

Ceux qui ont lu Cosmos Incorporated savent que Dantec nous promet un monde post humain ravagé par le Grand Djihad. Lors du premier trimestre 2004  il eut maille à partir avec une partie de l'opinion publique pour avoir correspondu avec le groupe d'extrême droite, le Bloc identitaire.

l'Islamophobie latente de Maurice G. Dantec ne pouvait le laisser indifférent aux incidents de Clichy sous Bois et d'Epinay sur Seine.

Il sort donc de sa Villa Vortex et revient sur ces évènements par un texte reproduit sur le site du magazine Ring, avec le talent qu'on lui connait.

Nous avons eu l'occasion de l'écrire ici, Dantec est un authentique grand écrivain. Question idéologie c'est une autre histoire.

Sa contribution à la compréhension de l'embrasement des banlieues est-elle du même ordre que le raton laveur cher à Prévert ? A vous de juger.

Photo : Patrick Gaillardin

 

 

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