vendredi, 24 février 2006
Ilan Halimi : les barbares de la République
Jeudi, à la Grande synagogue de Paris, Jacques Chirac s’est associé à l’hommage rendu à Ilan Halimi. Pour autant, il ne participera pas à la manifestation organisée par le CRIF.
Erreur de jugement. La place du chef d’un état laïque est moins dans un lieu confessionnel qu’au sein de la communauté nationale. Car, ne nous y trompons pas, c’est bien celle-ci qui devra tenir le haut du pavé dimanche.
Il serait illusoire de circonscrire l’effroyable meurtre, dont ce jeune a été victime, à un simple antisémitisme. Faire d’Ilan Halimi, un martyr de la vindicte anti-juive serait aussi absurde que de présenter le chef de meute, le terme ici est approprié, comme représentatif de ceux dont il suborne la confession.
Le mal vient de plus loin. Cet acte de sauvagerie, de barbarie traduit une totale déshumanisation de leurs auteurs et une haine viscérale de l’Autre qui dépasse tout cadre religieux et attaque les fondements même de la République.
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lundi, 12 décembre 2005
L"affaire Finkielkraut : Les limites d'une censure
A voir les très nombreux commentaires, toujours tranchés et passionnés, qu’elle a suscités, il nous faut revenir sur l’affaire Finkielkraut, comme notre ex-nouveau philosophe la définit lui-même. Elle vient d’avoir son prolongement (hélas) naturel par une pétition de quelques censeurs en mal de notoriété demandant son éviction de France Culture. On espérait un peu mieux des « personnalités » pétitionnaires comme Didier Eribon, Mgr Gaillot ou Emmanuel Pierrat.
Par ailleurs, Alain Finkielkraut devait participer à un colloque sur la laïcité à Lyon. Devant la levée des protestations il a été contraint d’y renoncer. Il a eu tort, rejoignant en cela ses contestataires pour qui la liberté d’expression consiste à faire taire ceux qui ne pensent pas comme eux.
Car, notre moraliste ne se répand pas qu’en propos ségrégationnistes. Ce qu’il dit de la Shoah, du culte de la victime, cette nouvelle pythie des temps modernes, ou de l’égalitarisme méritent notre attention. Se contenter de jeter l’anathème sur sa personne au lieu de discuter ses idées relève de la lâcheté au sens où Sartre l’entendait.
Nous aurions tort de minimiser ses paroles. Leur retentissement et l’assentiment qu’elles rencontrent dans une partie de l’opinion publique imposent de s’y arrêter et de se demander comment et pourquoi nous sommes arrivés à de telles outrances.
Il fut un temps où l’enquête précédait les discours de ceux faisant profession de penser. Je me souviens d’un Michel Foucault militant au sein du groupe d’informations sur les prisons, confrontant ce qu’il observait et entendait avec ses recherches historiques pour, ensuite, nous donner à lire Surveiller et punir. C’est en partant de faits constatés, de réflexions longuement mûries et discutées que l’interrogation philosophique acquiert sa pertinence.
Or, à part le périmètre de son pavillon de la banlieue sud de Paris, ignorée des émeutes, Alain Finkielkraut ne s’est nullement coltiné au tangible des cités. Il ne s’est jamais rendu sur le terrain, n’a aucunement cherché à dialoguer avec ces jeunes qu’il cantonne dans un « pogrome antirépublicain » et dont il fustige le vocabulaire, qualifié de sabir pour lequel il ne peut en ignorer le double sens : langue française mêlée d’arabe, de berbère, d’italien qui était pratiquée en Afrique du Nord au temps de la colonisation mais aussi charabia.
Ce qu’il a vu et lu dans les médias a nourri ses vaticinations. Il n’a pas cherché à les confronter à la réalité car elles correspondaient parfaitement aux affres de son propre questionnement et à celui de son temps : « je l’ai dit, mais tout le monde le pense. »
Son appétence pour la chose médiatique a fait le reste. « Qu’on dise reste oublié derrière ce qui se dit dans ce qui s’entend » nous avait appris Lacan. Mais Finkielkraut n’est pas de cette école, ni de celle des sciences sociales et encore moins de la sociologie.
Un destin singulier
Emmanuel Levinas avait donné du judaïsme cette belle définition : "le destin singulier qui, par-delà les malheurs d'un peuple, enseigne l'incompatibilité foncière du spirituel et de l'idyllique". Elle semble être le prisme par lequel Alain Finkielkraut entrevoit le monde et le conduit à une radicalité peu propice aux affaires humaines.
Malheureusement le vulgum pecus, dont l’auteur de la Défaite de la pensée ne fait manifestement pas partie, a reçu ses jugements comme parole d’Evangile avec d’autant plus d’empressement qu’une béance était à combler dans la vacuité intellectuel caractérisant ce début de siècle.
Il est assez piquant de constater que ce sont des hommes de l’ombre, les renseignements généraux, qui ont fait jaillir la lumière. Le caractère ethnico-religieux des émeutes, la main des islamistes et des caïds, relèvent du fantasme. C’était la condition sociale d’exclusion des ces populations qui était à l’origine des violences.
Il n’est pas sûr que nous soyons aptes à l’entendre. Ce qu’énonce Alain Finkielkraut est la réaction contre une société dont les mutations nous échappent et que, de ce simple fait, nous ne saurions admettre. Aussi, l’histoire nous enseigne-t-elle ces retours vers des valeurs d’un ancien temps que nous figeons dans le présent, convoquant le passé, revisité à l’aune de nos peurs, afin de nous prémunir d’un futur inconnu à nos songes.
Finkielkraut ne fait que cristalliser, et verbaliser, notre hantise d’un monde en mouvement abandonnant nos traditions judéo-chrétiennes pour embrasser une problématique multiculturelle que nous refusons de percevoir. Il ne peut, de ce fait, que recevoir une très large adhésion.
En situation dans son époque
Mais, ne recommençons pas la même erreur qu’avec Jean-Marie Le Pen. Pendant des années nous avons stigmatisé son discours et nié sa parole y compris au sein des instances parlementaires. En 2002, ils nous ont explosé en pleine figure et, aujourd’hui, ses convictions reviennent par la grande porte et servent de référence à une droite qui se veut républicaine au point que nous peinons à entrevoir une différence entre les diatribes du leader de l’extrême droite et les propos du ministre de l’Intérieur.
Censurer Alain Finkielkraut n’est pas la solution. Demander la suppression de son émission « Répliques » est une parfaite balourdise dont on aurait pu croire épargnés les thuriféraires de la liberté de penser. Ce qu’il faut, c’est débattre publiquement et contradictoirement avec lui, confronter ses imprécations, argumenter ensemble et non se réfugier, chacun, dans l’unilatéralité d’un discours.
« L’écrivain est en situation dans son époque : chaque parole a des retentissements. Chaque silence aussi. » Ce qu’écrivit Sartre dans le premier numéro des Temps modernes reste aujourd’hui d’une cruelle actualité. Aussi, notre journaliste philosophe ne peut-il, non plus, se soustraire à la polémique et se retrancher derrière un lynchage dont il serait l’objet où jeter, à son tour, l’opprobre sur les journalistes qui ont recueilli son témoignage comme il l’a fait dans son émission hebdomadaire du 4 décembre sur Radio J.
A défaut de se parler, les propos des uns et des autres, y compris les siens, tomberont dans la glossolalie qu’il dénonçait avec un certain bien-fondé.
Donner du sens au monde qui nous entoure afin de retrouver le « vouloir vivre ensemble » cher à Hannah Arendt et à Alain Finkielkraut, tel est le destin d’un intellectuel auquel il ne saurait se dérober, au prix d’une confrontation avec l’Autre.
Photos : Motrach - Ben Tableau : La morte di Socrate (G. Diotti)
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jeudi, 08 décembre 2005
Quand Finkielkraut déblogue
Pierre Assouline rapporte que dans la dernière livraison de la Revue littéraire, Alain Finkielkraut est interviewé à l'occasion de son dernier ouvrage « Nous autres, modernes : Quatre leçons – Ellipses). Au cours de l’entretien, il donne son avis sur la blogsphère caractèrisée, selon lui, par une glossolalie (pris au sens psychiatrique ou religieux ? nul ne le sait, peut-être les deux) :
« L’information, Internet noient les œuvres dans un flux textuel informe, sans contenu. Et cela satisfait une certaine forme d’égalitarisme. »
Et plus loin :
« Si le sens de l’histoire, c’est la blogsphère, Internet et les jeux vidéos, il faut vraiment essayer de faire dérailler le train. »
Alain Finkielkraut faisait référence à cette note de Walter Benjamin (in Gesammelte Schiften) : « Marx a dit que les révolutions sont les locomotives de l’histoire. Mais peut-être sont-elles différentes. Peut-être que les révolutions sont la main de l’espèce humaine qui voyage dans ce train et qui tire sur le frein d’urgence. »
Au-delà de ses imprécisions sémantiques, sur ce coup-là, notre théoricien du pogrome anti-républicain aurait bien encore déblogué.
Photo : Frankfurter Allgemeine Zeitung
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lundi, 28 novembre 2005
La nouvelle philosophie : de DELEUZE à FINKIELKRAUT
Dans un entretien au journal Le Monde, daté 26 novembre, Alain Finkielkraut est revenu sur son interview donnée au journal israélien Haaretz « Je ne pense pas un instant que l’humanité ait jamais été divisée entre civilisés et sauvages Ce point de l'article, je le nie complètement. Le reste, avec les précisions que j'ai essayé de donner, je l'assume » a-t-il conclu.
A la fin des années 1970, avec Bernard-Henri Lévy, André Glucksman, Pascal Bruckner, Jean-Marie Benoist et d’autres, Alain Finkielkraut était identifié à un groupe de réflexions connu sous le vocable de « nouveaux philosophes »
Gilles Deleuze, dont nous commémorons le dixième anniversaire de sa mort, avait eu l’occasion de donner son opinion sur ce « courant de pensée. » Je ne crois pas inutile afin d’éclairer et de mettre une fin ( ?) au « dossier » Finkielkraut d’en reproduire ici quelques extraits dont l’intégralité des propos a été repris dans « Gilles Deleuze – Deux régimes de fous – Editions de minuit - 384 pages)
"Je crois que leur pensée est nulle. Je vois deux raisons possibles à cette nullité. D’abord ils procèdent par gros concepts, aussi gros que des dents creuses, LA loi, LE pouvoir, LE maître, LE monde, LA rébellion, LA foi, etc. Ils peuvent faire ainsi des mélanges grotesques, des dualismes sommaires, la loi et le rebelle, le pouvoir et l’ange. En même temps, plus le contenu de pensée est faible, plus le penseur prend d’importance, plus le sujet d’énonciation se donne de l’importance par rapport aux énoncés vides (« moi, en tant que lucide et courageux, je vous dis..., moi, en tant que soldat du Christ..., moi, de la génération perdue..., nous, en tant que nous avons fait mai 68..., en tant que nous ne nous laissons plus prendre aux semblants... »). Avec ces deux procédés, ils cassent le travail. Car ça fait déjà un certain temps que, dans toutes sortes de domaines, les gens travaillent pour éviter ces dangers-là. On essaie de former des concepts à articulation fine, ou très différenciée, pour échapper aux grosses notions dualistes. Et on essaie de dégager des fonctions créatrices qui ne passeraient plus par la fonction-auteur (en musique, en peinture, en audio-visuel, en cinéma, même en philosophie). Ce retour massif à un auteur ou à un sujet vide très vaniteux, et à des concepts sommaires stéréotypés, représente une force de réaction fâcheuse. C’est conforme à la réforme Haby : un sérieux allègement du « programme » de la philosophie..."
Marketing littéraire
"...Ils (les nouveaux philosophes) ont une nouveauté réelle, ils ont introduit en France le marketing littéraire ou philosophique, au lieu de faire une école. Le marketing a ses principes particuliers :
1. il faut qu’on parle d’un livre et qu’on en fasse parler, plus que le livre lui-même ne parle ou n’a à dire. A la limite, il faut que la multitude des articles de journaux, d’interviews, de colloques, d’émissions radio ou télé remplacent le livre, qui pourrait très bien` ne pas exister du tout. C’est pour cela que le travail auquel se donnent les nouveaux philosophes est moins au niveau des livres qu’ils font que des articles à obtenir, des journaux et émissions à occuper, des interviews à placer, d’un dossier à faire, d’un numéro de Playboy. Il y a là toute une activité qui, à cette échelle et à ce degré d’organisation, semblait exclue de la philosophie, ou exclure la philosophie.
2. Et puis, du point de vue d’un marketing, il faut que le même livre ou le même produit aient plusieurs versions, pour convenir à tout le monde une version pieuse, une athée, une heideggerienne, une gauchiste, une centriste, même une chiraquienne ou néo-fasciste, une « union de la gauche » nuancée, etc. D’où l’importance d’une distribution des rôles suivant les goûts. Il y a du Dr Mabuse dans Clavel, un Dr Mabuse évangélique, Jambet et Lardreau, c’est Spöri et Pesch, les deux aides à Mabuse (ils veulent « mettre la main au collet » de Nietzsche). Benoist, c’est le coursier, c’est Nestor. Lévy, c’est tantôt l’imprésario, tantôt la script-girl, tantôt le joyeux animateur, tantôt le dise-jockey. Jean Cau trouve tout ça rudement bien ; Fabre-Luce se fait disciple de Glucksmann ; on réédite Benda, pour les vertus du clerc. Quelle étrange constellation.
Sollers avait été le dernier en France à faire encore une école vieille manière, avec papisme, excommunications, tribunaux. Je suppose que, quand il a compris cette nouvelle entreprise, il s’est dit qu’ils avaient raison, qu’il fallait faire alliance, et que ce serait trop bête de manquer ça. Il arrive en retard, mais il a bien vu quelque chose. Car cette histoire de marketing dans le livre de philosophie, c’est réellement nouveau, c’est une idée, il « fallait » l’avoir. Que les nouveaux philosophes restaurent une fonction-auteur vide, et qu’ils procèdent avec des concepts creux, toute cette réaction n’empêche pas un profond modernisme, une analyse très adaptée du paysage et du marché. Du coup, je crois que certains d’entre nous peuvent même éprouver une curiosité bienveillante pour cette opération, d’un point de vue purement naturaliste ou entomologique. Moi, c’est différent, parce que mon point de vue est tératologique : c’est de l’horreur. »
Nul doute que notre journaliste-philosophe assumerait, sans réserves, ce jugement d'un authentiqie philosophe.
Photos : Gamma - Hélène Bamberger
06:45 Publié dans Finkielkraut, Philosophie, Politique, Presse, Violences urbaines | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : Philosophie
vendredi, 25 novembre 2005
Finkielkraut : excuses
Ce matin au micro d’Europe1, Alain Finkielkraut est revenu sur l’interview qu’il avait donnée au journal israélien Haaretz, le 18 novembre, sur les émeutes dans les banlieues.
« Je présente des excuses à ceux que ce personnage a blessés. Je n'ai en moi aucun sentiment de mépris ou de haine à l'égard de quelque collectivité que ce soit et je me sens solidaire par vocation des nouveaux immigrés en France et notamment des immigrés de la deuxième ou troisième génération."
« Je recherche la vérité (…) Mais là, il s'agit de tout autre chose : du puzzle de citations qu'il y a eu dans 'Le Monde', surgit un personnage odieux, antipathique, grotesque auquel je n'aurais pas envie de serrer la main. Et on me dit, là le cauchemar commence, que ce personnage c'est moi. Je n'ai aucun rapport avec le personnage que dessine ce puzzle. »
Alain Finkielkraut faisait référence à l’article que le quotidien, dans son édition du 23 novembre, lui avait consacré en reprenant les extraits de ses propos. Le journaliste-philosophe, comme il se qualifie lui-même, avait également donné son point de vue au Figaro, daté du 15 novembre, dans lequel il affirmait, notamment, que « la violence actuelle n’est pas une réaction de l’injustice de la République, mais un gigantesque pogrome antirépublicain. »
De telles allégations avaient provoqué un vif émoi et suscité un débat passionné, y compris ici même à voir les commentaires reçus. Le MRAP a exprimé son intention de porter plainte et de demander au CSA le retrait d’Alain Finkielkraut de l’antenne de France Culture sur laquelle il anime une émission hebdomadaire
Notre nouveau philosophe découvre, peut-être un peu tard, le poids et la signification des mots mais aussi que la philosophie, temps de l’interrogation et de la réflexion, ne fait pas bon ménage avec la scène médiatique, lieu de villégiature d’une métaphysique de l’éphémère.
Au sujet du caractère ethnico-religieux des émeutes, Alain Finkielkraut a précisé « Je l’ai dit, mais tout le monde le pense… » Et c’est bien là le (son) problème. Nous n’attendons pas des intellectuels, du moins ceux qui se revendiquent comme tels, d’adhérer complaisamment à une opinion dominante mais d’être des décrypteurs de sens, ce qui suppose un recul sur les évènements et une pensée à l’articulation fine.
Alain Finkielkraut n’a pas agi en philosophe, mais en journaliste-chroniqueur de ses tourments. En cela, il adhère parfaitement aux affres de son temps et nous délivre un discours qui se sous-tend de lui-même. Il y a, chez cet homme, une peur de l’Autre et un enfermement de la pensée qu’il vient, nous l’espérons pour lui, de découvrir.
Un homme vrai, disait François Mauriac, ça ne coure pas les rues, ni les salles de rédaction, ni les antichambres des éditeurs.
Dont acte !
Photo : Haaretz
12:00 Publié dans Finkielkraut, Philosophie, Politique, Violences urbaines | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : Politique
mercredi, 16 novembre 2005
Finkielkraut : un racisme très ordinaire
« Crise d’identité » a dit le président. Aussi, me suis-je mis en quête de quelques intellectuels afin d’avoir un décryptage d’une actualité qui interpelle l’ontologie de l’être (tendance Heidegger) et le « vouloir vivre ensemble » (version Hannah Arendt). L’importance du questionnement, la nostalgie d’un temps où penser donnait du sens, nécessitaient de partir sur les traces d’un Sartre, Foucault, Deleuze, Barthes, voir Derrida. Peut-être ai-je mis la barre un peu haute car les penseurs de ce calibre, pour autant qu’ils existent encore, sont aux abonnés absents.
En période de pénurie, il me restait le second choix : celui d’Alain Finkielkraut, philosophe sous X, qui s’est exprimé sans ambiguïté et abondamment sur le sujet qui nous occupe. L’auteur de « La défaite de la pensée » (ça ne s’invente pas !) y va de ses divagations à l’emporte-pièce en enfourchant son cheval de bataille favori de la haine islamo arabe dans une interview donnée au Figaro du 15 novembre, reprenant l’essentiel de son émission hebdomadaire sur Radio J de la semaine précédente.
A côté de ses paroles, celles du président de la République font figure de propagande gauchiste.
Pour cet archaïque de la nouvelle philosophie « la violence actuelle n’est pas une réaction de l’injustice de la République, mais un gigantesque pogrome antirépublicain » constitué de dangereux islamistes, qui « vouent une haine à l’occident », et ressemblent « à ces supporters qui vont dans les stades (…) et poussent des grognements de singe chaque fois lorsqu’un joueur noir a la balle »
Il n’y a pas, pour ce tribun des « café du commerce », de territoires perdus : « si ces territoires étaient à l’abandon, il n’y aurait ni autobus, ni crèches, ni écoles, ni gymnases à brûler. » Il voit comme cause des émeutes le rap, « la vulgarité sans fond des talk show » (particulièrement l’émission de Marc Olivier Fogiel), « la méchanceté ringarde des Guignols de l’info. » Il n’y a aucun ghetto puisque lorsque « les gens ont de l’argent ils peuvent en sortir. »
Sur l’école, bien évidemment, nous avons tout faux. Celle-ci ne peut rien contre le chômage. Ce n’est pas son objectif qui est, exclusivement, d’instruire. Au demeurant, nous devons constater que l’école républicaine (celle en blouse grise ?) est morte depuis longtemps. « C’est le modèle post-républicain de la communauté éducative supersympa et immergé dans le social qui prend feu. » Alain Finkielkrault est pour « une éducation sévère » et fustige ces élèves qui « refusent d’étudier l’édification des cathédrales » et voient la colonisation « comme un crime contre l’humanité » alors qu’elle n’est qu’un « phénomène terrible et ambigu. » Pour ce rhétoricien de la vacuité « la langue française doit reconquérir le parler banlieue, ce sabir simpliste, hargneux, pathétiquement hostile à la beauté et à la nuance. »
Inutile de préciser que pour Alain Finkielkraut la compassion n’est pas de mise. Il la laisse aux « bobos écolos qui font du vélo à Paris. » Quant à Nicolas Sarkozy, « il est populaire dans les banlieues. »
Gilles Deleuze, authentique philosophe s’il en fut, nous avait mis en garde contre les « nouveaux philosophes », et leurs concepts mous, en qui il voyait les prémices de l’émergence d’un marketing de la pensée. Ils ont été condamnés, sans réserves, par Sartre et Simone de Beauvoir. En privé, l’auteur des Mots avait eu un jugement plus tranché : « ce sont des cons. » Certes, « ces propos ne devraient pas faire partie du vocabulaire » d’un prix Nobel, mais comme le dit justement Alain Finkielkraut au sujet du fameux racaille « les mots manquent devant ces gens. »
Dominique de Villepin avait trouvé un cicérone en Bernard-Henri Henry. Nul doute que le ministre de l’Intérieur vient de découvrir le sien. Jean-Marie Le Pen doit en être jaloux
Photo : Reuters
Egalement :
Lire le portrait de Nicolas Sarkozy fait par l’acteur Mathieu Kassovitz sur son blog (savoureux !)
07:00 Publié dans Finkielkraut, Philosophie, Politique, Violences urbaines | Lien permanent | Commentaires (79) | Envoyer cette note | Tags : Politique






























