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mercredi, 14 février 2007

A vous de juger

medium_PPDA_Le_Pen_TF1_AFP.jpgA l’affligeant J’ai une question à vous poser répond, comme en miroir, le consternant A vous de juger. Dans les deux cas, hommage au populisme ambiant, les candidats sont confrontés à un panel de vrais gens choisis par sondage et censé représenter, fidèlement, notre France profonde.

Une quarantaine de journalistes se sont émus de cette pratique de l’information spectacle, observant l’absence de débats et de professionnels censés mieux quereller les impétrants sur leurs programmes.

Si l’argument retient l’attention, il doit, aussi, s’articuler à l’aulne d’une étude de la SOFRES, publiée par le journal La Croix, d’où il ressort que 63 % des sondés estiment que nos reporters ne sont pas indépendants face aux partis et aux pouvoir et, pour 60 %, ne résistent pas aux pressions de l’argent.


J’ai eu l’occasion de rappeler, plusieurs fois, les rapports incestueux entretenus entre les journaux et la politique délirant vers un univers fonctionnant en vase clos.

Aussi, les dérives des chaînes de télévision entrent-elles dans cette logique.

Mais pour être, totalement, crédibles dans leurs démarches, encore conviendraient-ils que nos émules de Rouletabille fassent, eux-mêmes, leurs autocritiques.

La bipolarisation militante, initiée par TF1, n’a guère suscité d’émois de sa rédaction. Bien plus, celle-ci l’a mise en scène, comme ses consœurs pour l’hypermédiatisation de Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, au détriment des autres prétendants.

Qui s’est insurgé contre le package, tel un troupeau derrière un cordon, de ceux et celles qui sont accrédités à couvrir la sortie du Conseil des ministres dans la cour de l’Elysée ? Depuis combien de temps n’avons-nous pas connu une interview d’un dirigeant qui ne soit pas complaisant, pour se dernier, et relu par lui ?

Il faut se souvenir des reportages propagandistes de, pratiquement, tous les médias sur la nécessité du oui au referendum européen et s’interroger sur l’uniformité des contenus éditoriaux.

Le malaise que connaît la presse française n’est pas étranger à cette situation.

Le journalisme est, aujourd’hui, à réinventer totalement. Ceux qui sont chargés de rendre compte d’une réalité ont trop tendance d’y substituer leurs opinions au mépris d’enquêtes sérieuses. Le chroniqueur se veut l’arbitre des élégances de la bonne gouvernance.

Un homme qui pense pour un autre, ça n’a pas de sens disait Sartre. Et ce qui se déploie, actuellement, sur nos écrans et à longueur de colonnes est parfaitement insensé.

Photo : AFP 

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