« Duhamel for ever | Page d'accueil | Présidentielle : désintérêt »
mercredi, 31 janvier 2007
Beaubourg
Si Georges Pompidou fut un président conservateur il faisait montre, en revanche, d’avant-gardisme dans le domaine artistique. Une des premières décisions de son septennat est de construire, au ventre de Paris un centre culturel capable de rivaliser avec le MOMA de New York.
Il s’agissait, dans une architecture audacieuse, de faire cohabiter les collections du Musée national d’art moderne, une bibliothèque publique, un institut de recherches musicales, des librairies, du cinéma et des spectacles. Avec, en arrière-pensée, l’idée de modifier la physionomie du vieux quartier qui avait accueilli les Halles déménagées aujourd’hui à Rungis.
Renzo Piano et Richard Rogers remportèrent le concours avec un projet autant stupéfiant que téméraire. Les membres du jury lui accordèrent leurs suffrages à l’unanimité, moins une voix, mais le Centre Pompidou fut loin de séduire une opinion publique déboussolée par cet étrange attelage de tuyaux, d’où ses sobriquets de raffinerie où d’usine à gaz. Si la piazza, qui ceint l’édifice, devait symboliser le déversoir de la ville vers la structure, le monument restera longtemps étranger à son environnement comme une effroyable verrue gangrénant l’un des secteurs historiques de la capitale. Il est vrai que l’urbanisation alentour, notamment le Quartier de l’Horloge, ne fut pas à la hauteur de l’enjeu.
L’entreprise était trop futuriste et, peut-être aussi, trop personnelle à ses concepteurs. En somme, Beaubourg reçut le même scepticisme et la même réprobation que la Tour Eiffel en son temps.
Pourtant, trente ans plus tard, la réussite est patente. Le centre Pompidou a accueilli plus de 180 millions de visiteurs, l’équivalent d’une population comme le Brésil. La Bibliothèque Publique d’Information est devenue un lieu incontournable où l’affluence ne désemplit pas. Ses quelques 59.000 œuvres rivalisent avec les plus grands musées du monde mais l’IRCAM cherche toujours sa voie. Une succursale va ouvrir, prochainement, à Metz et un partenariat est à l’étude avec Shanghai.
Il fallait, à cette époque, de l’audace, une volonté de bouleverser les idées reçues et de marquer son emprise sur le temps. Une sorte d’héritage de mai 68 assumé par un président de droite. Le mot culture faisait encore sens. De nos jours, nous ne parlons plus que de loisirs.
Photo : AFP
19:00 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, culture































Les commentaires sont fermés.