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vendredi, 15 décembre 2006

Sartre : la vérité est infinie

medium_Sartre_Beauvoir_Rio_AFP.jpgIl est toujours très difficile de parler d’une œuvre dont le sujet est un personnage que l’on a connu, et encore plus lorsqu’on a cotoyé l’un des auteurs – en l’occurrence Michel Contat avec lequel j’ai eu l’occasion de débattre sur un plateau de télévision ou à Caen lors du centenaire de l’auteur des Mots.

Aussi, m’étais-je abstenu de donner une appréciation détaillée sur le téléfilm de France 2, Sartre, l’âge des passions. Mais l’avalanche de courriels me rappelle à la raison critique.


Le scénario, et l’on sait que sur son écriture le regard des chaînes est important, semble avoir été composé autour de situations et de propos souvent archi connus que l’on a tenté de faire coïncider entre eux. On ne nous a, même pas, épargné le mieux vaut avoir tort avec Sartre que raison avec Aron auquel, d’ailleurs, on fait tenir un rôle bien fadasse et distant par rapport à la réalité.

L’épisode des voyages à Cuba et l’URSS n’est guère convainquant, comme d’ailleurs étaient affligeants les reportages que le philosophe en rapporta. Il aurait été intéressant de montrer, pour le premier, les une du France-Soir de l’époque : Ouragan sur le sucre : des torrents de lumière illuminent La Havane ainsi que de relater l’explication que Sartre donna de sa complaisance pour le régime soviétique : « J’ai dit des choses aimables sur l’URSS que je ne pensais pas. Je l’ai fait, d’une part, parce que j’estimais que, quand on vient d’être invité par des gens, on ne peut pas verser de la merde sur eux à peine rentré chez soi et, d’autre part, parce que je ne savais pas très bien où j’en étais par rapport à l’URSS et par rapport à mes propres idées. »

La narration la plus pertinente est, certainement, celle de la guerre d’Algérie, peut-être aussi parce que les scénaristes y étaient impliqués par ailleurs. Mais, nous pouvons regretter l’absence de protagonistes, toujours en vie, comme Arlette Elkaïm, que Sartre adoptera en 1965, Gisèle Halimi ou Claude Lanzmann.

Un mot enfin sur Simone de Beauvoir qu’on nous présente comme une Mater Dolorosa, froide et distante, y compris vis-à-vis de son légendaire compagnon. Il s’agit là d’une image communément véhiculée mais ne correspondant au souvenir que j’en ai gardé. Il y avait, dans ses rapports avec Sartre, une chaleur, et j’en ai été le témoin, qui n’apparaît pas. Elle dira dans La Cérémonie des adieux : en plus de trente ans nous ne nous sommes endormis qu’une seule fois désunis.

Pour terminer, une précision sur son surnom de Castor dont l’explication n’est pas, tout-à-fait, celle proposée dans le film. Ce sobriquet lui a été donné par l’un de ses condisciples, et ami, à l’Ecole normale supérieure, René Maheu, en raison de la similitude de consonance entre son patronyme et beaver (castor en anglais).

Cela dit, il faut saluer, à nouveau, le remarquable travail d’acteur de Denis Podalydès qui se coule, avec aisance, dans son rôle. Dommage que les dialogues et la trame du récit ne fussent pas à la hauteur.

Les auteurs n’ont pas osé s’éloigner du dogme et de l’image officielle du personnage alors qu’il fallait déconstruire l’idole afin d’en restituer l’ontologie comme j’ai tenté de le faire dans la biographie que je lui ai consacrée. Sartre, lui-même, appelait à cette découverte.

Le téléfilm a reçu une critique quasi unanime, voir dithyrambique. C’est bien sur quoi il faudrait s’interroger : vacuité intellectuelle ou perte de mémoire, et de références culturelles ? Les deux probablement.

Il ne faut pas toucher aux icônes, la dorure en reste aux mains disait Flaubert.

Photo : Sartre et Beauvoir à Rio pendant le procès Jeanson (AFP)

Commentaires

J'ai regardé les deux parties car je ne connaissais rien de Sartre et même si, comme vous, j'ai trouvé certains passages maladroits et un peu "baclés", j'ai eu ENVIE d'en savoir plus. Rien que pour cela, je suis heureuse d'avoir eu l'idée de regarder cette "fiction". Je pense que S de B. avait quand même plus de "présence" dans la vraie vie.

Je change de sujet, j'ai lu "Trois jours chez ma mère", je ne connaissais pas François Weyergans mais je suis tombée "ous le charme" de son style :
http://monbiblioblog.blogspot.com/2006/07/trois-jours-chez-ma-mre.html

Ecrit par : wictoria | mardi, 19 décembre 2006

Wictoria,

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Ecrit par : furgole | vendredi, 22 décembre 2006

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Ecrit par : furgole | vendredi, 22 décembre 2006

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