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vendredi, 24 novembre 2006

Présidentielle : L'utopie antilibérale

medium_Antiliberaux_France_AFP.jpgDepuis la désignation de Ségolène Royal, la gauche antilibérale se sent pousser des ailes. Pour un peu, le Grand soir serait à portée d’urnes, ce qui provoque dans ses rangs de subites, et sincères, vocations sacrificielles en faveur de la grande Cause.

Chacun entend faire don de sa personne pour mener les troupes à la lutte finale qui, en fait, se révèle plutôt une lutte aux couteaux.

Le PCF profiterait bien de la situation pour se refaire une santé afin de peser dans les, inévitables pour lui, négociations électorales avec son frère ennemi socialiste. Idem pour Les Verts. José Bové, quant à lui, se rêve d’entre intronisé ultime recours, ayant constaté combien les fauteuils des plateaux de télévisions sont plus confortables que son tracteur. Et, petite dernière, Clémentine Autain dont le joli minois vaut bien le sourire plaqué de la Dame du Poitou.


Ils sombrent tous dans la même erreur, penser que le non du référendum européen constitue une force structurante, alors qu’il a été une simple manifestation, multiforme, de rejets. Comme ils s’engouffrent dans le même travers qu’ils dénoncent, par ailleurs, chez les partis « bourgeois » : vouloir, à tout prix, recevoir l’onction médiatique, dans le but de dénoncer les politiques conduites par d’autres, au lieu de concevoir une société alternative.

Se cantonner aux combats, même légitimes, contre les OGM, le nucléaire, l’extrême droite ou la social-démocratie, est bien trop réducteur pour avoir une chance d’agréger un grand nombre de gens.

La fonction de l’antilibéralisme n’est pas d’obtenir quelques seconds rôles sur la scène social-démocrate mais d’être les chantres de l’utopie. Non pas créateurs de chimères, mais explorateurs d’un monde qui va au-delà du possible et envisage les conditions d’une nouvelle organisation sociale et politique.

Il ne s’agit plus de bricoler la république avec des jurys citoyens, sondages ou autres gadgets, mais d’inventer une autre forme d’élaboration des décisions et de gouvernance.

Au lieu de conférer aux nouvelles technologies des vertus ontologiques, qu’elles n’ont pas, il conviendrait de s’interroger sur les outils qu’elles permettent de créer pour générer de nouveaux espaces de liberté.

Aujourd’hui, chacun perçoit combien les enjeux ne sont plus hexagonaux ou, encore moins, régionaux mais interpellent l’ordre mondial, la manière dont sont gérées les institutions supraétatiques et leurs interactions avec les économies nationales. C’est sur ce point qu’il faut innover et être ambitieux.

De même pour le dogme de la croissance, dont on fait du libre échange le grand ordonnateur. Le postulat du capitalisme qui impose un expansionnisme, afin de permettre un accroissement des profits et une accumulation du capital, commence à connaître des faiblesses. C’est à une répartition, plus équitable, des richesses mondiales qu’il nous échoit de travailler car c’est moins la bombe atomique qui menace la paix que les inégalités sans cesse croissantes.

 

L’idée neuve du bonheur

 

medium_Thomas_more.jpgParce qu’elle n’est pas engagée dans la simple gestion de l’existant, la gauche antilibérale doit s’atteler à penser le monde de demain.

Il lui faut partir non dans des perspectives eschatologiques, mais sur les traces de Thomas More, Fourier, Marx, Proudhon, Hugo pour les dépasser et nous donner à voir l’espérance qu’un homme puisse, un jour, inventer son chemin, pour reprendre le propos de Sartre.

Le bonheur est une idée neuve en Europe pointait Saint-Just dans l’une de ses adresses à la Convention. Depuis, la question est restée en l’état et le mot n’est guère usité dans les discours de nos dirigeants, à croire qu’il fait peur.

Pourtant, les quelques pistes de réflexions que je viens d’esquisser, et qui ne sont pas limitatives, ouvriraient la tentation d’y donner un contenu normatif. Mais, une fois énoncées, elles en montrent les limites. Car, encore faudrait-il que le mouvement antilibéral renferme quelques intellectuels. Or, quand ils ne sont pas emportés par le cholestérol, les derniers survivants ont été engloutis par la sphère du pouvoir et ne s’aventurent dans les voies de la métaphysique qu’en voiture avec chauffeur.

C’est bien pourquoi la gauche antilibérale est condamnée à demeurer l’épouvantail décomposé d’un système démocratique devenu l’ombre de lui-même.

La faiblesse des démocraties, disait Jean Rostand, c’est qu’il leur faille, trop souvent, se renier pour survivre.

Photo : AFP

Commentaires

Intéressant que vous citiez Hugo dont j'ai mis une phrase en introduction de mon blog. Cependant toute généralisation est réductrice et vous cédez aussi à ce travers.
Il y a des gens lucides aussi chez les anti libéraux dont je suis.

Ecrit par : C.Laborde | vendredi, 24 novembre 2006

N'oublions pas que toute utopie fait face à un dilemme : se limiter à un rêve ou finir par un bain de sang.
Dès qu'il s'agit de mettre en pratique les vaticinations fumeuses de leurs auteurs, ces chimères se cognent à la réalité. Leurs promoteurs blâment alors leur échec sur "les forces de la réaction" c'est à dire ces affreux qui, voyant les choses en face, préféraient ne pas mettre le monde cul par dessus tête, et tenter de l'améliorer graduellement de façon pragmatique. Il faut alors éliminer tous ceux qui ont commis ce crime irréparable : voir les choses comme elles sont.

Ecrit par : furgole | vendredi, 24 novembre 2006

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