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mardi, 17 octobre 2006
Libération : L'improbable destin
Edwy Plenel est un grand professionnel du journalisme et un ancien trotskyste, ce qui n’est nullement incompatible. Encore faut-il ne pas sombrer dans cette maladie infantile du gauchisme qui consiste à ne concevoir l’action politique qu’au travers d’une opposition systématique à l’ordre établi.
Aussi, l’ancien directeur des rédactions du Monde, qui ne semble pas avoir fait le deuil de son éviction, se trompe-t-il de cible en prétendant faire de Libé l'organe du combat contre Nicolas Sarkozy. Libération n’est pas un journal militant mais d’informations. Cette nuance semble lui avoir quelque peu échappée.
Au demeurant, ne soyons pas dupe de l’entreprise. Il y a dans ce journaliste, aujourd'hui professeur associé dans le master journalisme de Montpellier, une telle volonté de revanche à l’encontre de Jean-Marie Colombani que toutes ses intentions seront articulées à l’aulne de cet impossible destin : supplanter le quotidien du soir, ce qui est absurde et demanderait des moyens que Plenel n’a pas et qu’Edouard de Rothschild ne semble pas capable de mobiliser en l’état.
Il faut dépasser le stade des passions et revenir à la raison. C’est au président de France-Galop, actionnaire de référence, que revient la responsabilité de trouver une issue à la crise que travers Libé. En financier avisé, l’un des meilleurs banquiers d’affaires de la place à en croire les publications spécialisées, il n'ignorerait pas que 20 millions d’euros ne suffiraient nullement à remettre à flots un titre drastiquement sous-capitalisé dans un secteur qui l’est déjà lui-même. En exigeant, et obtenant, le départ de son directeur historique, parti sur RTL, il ne pouvait que prétendre avoir les mains libres pour mener à bien son projet.
Comme toute entreprise de presse, Libération est une rencontre entre un lectorat est un programme éditorial. Et c’est bien ce dernier qui faisait carence. A ce jour, l’alternative est simple : soit on considère que les lecteurs actuels constituent un plafond qui ne pourra pas être dépassé et toute la stratégie consistera à construire une économie pour satisfaire cet objectif minimaliste. Cela impliquera des licenciements massifs, une réduction des coûts, des investissements réduits, pour une perspective de développement illusoire. A terme, je ne donne pas cher de la survie du titre.
Soit, on envisage le lectorat d'aujourd'hui comme un plancher et il convient d’articuler une politique de reconquête ce qui suppose que l’imagination soit (re)mise au pouvoir. Ceci impose un projet audacieux, des hommes pour le conduire, des talents pour écrire, car un journal c’est, avant tout, une écriture quel que soit le support, papier ou numérique, et des moyens pour le soutenir. En un mot de l’audace intellectuel et financier.
Je n’ai rien entendu de tel dans les propos de Plenel et ce qui m’inquiète, aussi, c’est que je ne les perçois pas, non plus, dans ceux de M. de Rothschild.
Un mot encore sur le choix du remplaçant de Serge July, car il faudra peut-être bien le remplacer un jour. J’avais, le premier, suggéré Laurent Joffrin car je persiste à penser qu’il faut une personnalité qui puisse renouer le fil rouge de l’histoire du journal avec son devenir. L’actuel directeur de la rédaction du Nouvel Observateur est, non seulement, un fin connaisseur de la presse mais aussi un ancien de Libé. Edouard de Rothschild s’était rallié à ce choix. Malheureusement, il semblerait que Laurent Joffrin ne soit pas tentée par l’aventure. Mais il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’idée comme le dit si bien l’ami Plenel.
Photo : AFP
En complément ;
Lire sur le site de la société des lecteurs de Libération, l'intervention d'Edwy Plenel. Comme le relève Daniel Schneidermann dans une note sur son blog, il n'y a pas de référence à Nicolas Sarkozy relatée pourtant par nombre de comptes-rendus. A-t-elle été évoquée lors des débats qui ont suivi sa prestation ? Mystère. Visiblement, Libé n'est plus la maison de verre de ses débuts, ce qui est navrant lorsque'on prétend, comme au (bon?) vieux temps, faire un appel au peuple. Cela dit, l'honnêteté intellectuelle commande que le projet d"Edouard Rothschild soit aussi publié de la même manière comme,d'ailleurs celui de la socété du personnel.
00:00 Publié dans Libération, Politique, Presse | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : politique, presse, libération































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Commentaires
Le compte-rendu de l'assemblée générale de Libération montre, qu'effectivement, Edwy Plenel a bien parlé "d'un journal de combat contre Sarkozy"
Texte intégral de l'AG :
http://lecteurs.ouvaton.org/wp-content/ag-plenel-qr1.doc
Ecrit par : B.L. | mercredi, 18 octobre 2006
Le pessimisme sur l'avenir de Libération va croissant en effet. Je partage votre avis et un peu de celui de D. Schneidermann sur les risques d'une ligne éditoriale réduite à "l'anti-Sarko". Internet a certes imposé un peu plus de transparence dans la manière de soumettre une information, mais de là à basculer dans la caricature du journal d'opinion... D'autant que ce prisme ne permet pas de traiter tous les sujets, heureusement !
Je crois que Libération, sans un actionnaire capable de soutenir l'entreprise pendant quelques années, de mener sa réorganisation et de déployer de nouveaux projets sans trop regarder à sa rentabilité à court terme, a peu de chances de s'en sortir. Reste cette magnifique marque... Elle durera sans doute longtemps.
Ecrit par : Danielle | mercredi, 18 octobre 2006
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