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jeudi, 26 octobre 2006
L'abus d'un "psy" nuit à l'intelligence
Jean Paulhan, s’il était encore de ce monde et avait reçu le manuscrit, l’aurait aussitôt retourné à l’auteur avec une de ses légendaires annotations : Le titre est parfait, tout le reste est à revoir. Nul doute que l’éditeur de Serge Tribolet ne connaissait pas le mythique directeur littéraire de Gallimard. Aussi, nous donne-t-il à lire un de ces non-livres que le service de presse nous présente, pompeusement, comme un « essai qui devrait marquer les esprits. »
En fait d’esprit, la lecture de ce petit opus nous fait perdre la tête, ce qui est fâcheux quand on sait qu’il est rédigé par un psychiatre des hôpitaux qui ne craint pas de dédoubler sa personnalité en se préfaçant lui-même à l’intention des lecteurs, aventuriers, tentés de le lire entre les lignes : « Dans ce livre, il est question de science et de psychologie. » En un sens, l’essayiste à raison de préciser, d’entrée de jeu, l’objet de son discours car celui-ci apparaît très ténébreux par la suite.
Afin de lever toute ambigüité sur les qualités de son argumentaire, notre apprenti épistémologue tient à nous prévenir : « Je parle en tant qu’intellectuel. » Sartre, appelé laborieusement à la rescousse pour l’occasion, n’a qu’à bien se tenir. Nous attendions une analyse sur la psychologisation de la vie quotidienne, une étude sur le culte de la victime et de l’impossible souffrance, tares de nos sociétés occidentales. Au final, nous sommes en présence d’un chef d’œuvre baroque de pédantisme à faire pâlir Trissotin.
Tout au long de ses 176 pages, notre glossateur de la psyché enfile les clichés et les citations avec la méticulosité d’un garçon de comptoir débitant des ballons de rouge à un alcoolique chronique. Fortement imbibé par la glose, il nous passe en revue tout ce qui pourrait nous donner l’illusion d’un savoir frappé du sceau de la connaissance. Ainsi, voyons-nous se vaucrer successivement dans ce consternant naufrage philosophique : Guy Debord, Auguste Comte, Horace, Barthes, Tocqueville, Heidegger, Montherlant, Goethe, Lacan, Foucault, Breton, Freud, Cioran et j’en passe, tellement la liste en est fastidieuse. De même qu’il faut saluer l’incomparable modern style ou s’entremêlent les fautes de syntaxe, de grammaire et d’orthographe (les correcteurs ont-ils abdiqué devant l’ampleur de la tâche ?). Une seconde main (in)digne d’Antoine Compagnon.
Egarement furtif de sa pensée, ou brève interstice de lucidité sur ses talents conceptuels, notre psychiatre, qui n’hésite pas à se comparer à David Cooper, confesse : « Je forme le vœu que mon livre ne donne aucun argument aux uns comme aux autres. » Mais il reconnaît, gourmand d’être l’invité de quelques animateurs à la parole grasse : « La médiocrité proclamée est un gage de succès médiatique », ce qui rassurera le public sur la capacité d’autoanalyse de ce praticien ès délires.
Mallarmé prétendait qu’un grand écrivain se reconnaît au nombre de pages qu’il ne publie pas. Inutile de relever que Serge Tribolet n’est pas de cette religion. Ce confiteor de la vacuité est la parfaite démonstration que l’abus de livres peut nuire à l’intelligence.
« Ils parlent sans jamais savoir de quoi il causent » lit-on à l’entrée d’un chapitre page 83. Et là-dessus, notre littérateur en connaît un rayon.
Cerise sur le gâteau : nous apprenons par la quatrième de couverture que notre penseur postulerait à un doctorat en philosophie à la Sorbonne. Fermer le ban !
Serge Tribolet – L’Abus de « psy » nuit à la santé – Le cherche midi – 176 pages 15 €
07:00 Publié dans Littérature, Philosophie | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : litterature, politique, philosophie































Commentaires
Cher Monsieur Lallement,
Vous avez bien raison de fustiger ainsi la prose lamentable et flasque de ce triste opuscule. Mais, vu les ravages exercé par la tristement célèbre méthode globale et par la démogique éducation républicaine et soixante-huitarde, ne vaudra-t-il pas mieux désormais célébrer les rarissimes livres qui respecteront encore les règles de la logique, de l'orthographe et de la grammaire et laisser l'immensité du reste aux latrines publiques et au pilon ?
Ecrit par : furgole | jeudi, 26 octobre 2006
Habillé pour l'hiver le psy ! Dans le genre critique vous êtes plutôt féroce, pour le plus grand bonheur de vous lire.
Ecrit par : Annie H. | mardi, 31 octobre 2006
vous êtes dur ,monsieur mais vous avez cette fois ci raison ...de la connerie .....Il faudrait prévoir une "cellule"" de secours ..pour tous ceux qui l'ont lu ! mais qu'est-ce que fait l'Etat ? ..pas assez de psy ..allons les chercher ..en Europe ...!!
Ecrit par : DUPLAIX Dominique | dimanche, 14 janvier 2007
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