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mardi, 03 octobre 2006
Interdit !
Dans un état démocratique nous ne pouvons admettre qu’’il puisse être porté atteinte à la vie d’un homme à cause des idées qu’il exprime, fussent-elles injustes ou partisanes.
Il faut donc condamner, sans réserve, les menaces dont Robert Redeker fait l’objet pour une tribune sur l’Islam, publiée par Le Figaro. Toutefois, chacun connaît, ou devrait connaître, l’islamophobie dont le professeur de philosophie est coutumier. Déjà le 22 novembre 2001, dans une opinion du Monde, il relevait qu’aucune idéologie n'est plus rétrograde que l'islam, et, par rapport au capitalisme dont les Twin Towers, dans leur majestueuse beauté figuraient le symbole, la religion musulmane est une régression rebarbarisante. Et, peut-être, pourrait-on attendre d’un philosophe une articulation un peu plus fine dans ses jugements que celle de voir en « Jésus un maitre d’amour » et en « Mahomet un maître de haine. »
J’ai eu l’occasion de le dire ici, la liberté d’expression est absolue et ne peut fluctuer en raison des caprices du temps. Pour autant, parce qu’il est en situation dans son époque, pour reprendre une expression du fondateur des Temps modernes dont Redeker est aujourd’hui membre du comité de rédaction, l’intellectuel a une responsabilité particulière dans ses propos : celle de faire sens en prenant garde de ne pas confondre le monde des passions avec celui de la raison.
Il semble qu’à l’ombre du Capitole cette distinction ne fasse pas toujours recette. C’est bien dommage pour la philosophie, dont le fondement faut-il le rappeler est la Sagesse et pour notre démocratie, dont les principes républicains célèbrent la tolérance.
La vérité naît du débat, jamais de l’anathème ou de l’exclusion, et toute violence est la manifestation d’un échec rappelait, fort à propos, Sartre.
Il n’est pas question de se lancer dans une discussion byzantine, et sans fin, sur les qualités belliqueuses éventuelles des sourates du Coran opposées à celles des versets de la Bible, mais de relever que cette nouvelle intrusion du religieux dans la vie publique est le symptôme d’une société forgée du sceau de l’intolérance et de l’impossible altérité.
Guerres et religions ont, de tout temps, fait bon ménage et l’évangélisation des peuplades lointaines a souvent été le prétexte au pillage de la richesse des territoires conquis. Tous les dictateurs ont invoqué Dieu et permirent, en son nom, toutes les exactions. Les textes sacrés servent les mêmes alibis que ce soit à Téhéran ou à Washington.
Certes, l’absence d’institution coranique, où le spirituel serait indépendant du temporel, n’est guère propice à une autocritique et une actualisation de la religion du Prophète. Et, dans notre tradition judéo-chrétienne, le Christ n’a cessé de nous mettre en garde contre les clercs et les lévites. Il suffit de relire la parabole du Samaritain pour s’en convaincre. Quant à la laïcité, elle connaît aussi ses dévots dont les vaticinations sont parfois élevées au rang d’un Discours de la Méthode.
Aussi, est-ce bien du côté de l’homme, et de lui seul y compris avec ses imperfections, qu’il nous faudra résoudre le défi du « vouloir vivre ensemble » cher à Hannah Arendt.
Ordre, autorité, nation
Malheureusement, nous avons renoncé à construire un espace commun de dialogues et d’entendements. La pensée unique, qui nous sert de charpente intellectuelle, ne véhicule plus que des concepts aux contours flous convergant tous vers les notions d’ordre, d’autorité et de nation.
Ordre : Celui revendiqué par Mahmoud Ahmadinejad et combattu par Georges W Bush. Celui maintenu par un Nicolas Sarkozy auquel s’oppose l’ordre juste d’une Ségolène Royal, etc.
Autorité : Celle de la Loi, y compris religieuse, de l’Etat, de la Justice, des Maîtres sur les élèves, des parents sur leurs enfants, etc.
Nation : La défense de celle d’Israël menacée, celle espérée d’une Palestine. L’honneur au drapeau que l’on retrouve, maintenant, dans tous les discours de la planète, etc.
Je vous laisse le soin de collationner, dans l’actualité, toute une cohorte d’exemples signifiants.
La démocratie d’opinion en sacralisant l’individualisme a généré un philosophisme de la protection. Il s’agit moins d’affirmer sa liberté que de dénoncer ce qui serait susceptible de l’entraver. Dans ce contexte paranoïde nous en venons même à implorer des législations liberticides pour pouvoir, enfin, revendiquer notre condition d’être libre à l’encontre de cet autre, mythique, cause de tous nos maux : L’étranger, forcément, sur lequel l’opprobre scelle la cohésion d’un peuple en plein désarroi tandis que la vacuité intellectuelle installe l’interdit en nouvelle rhétorique. A croire qu’il suffit de subir pour exister.
Pourtant, nous avons été avertis de ces instants de repli où, tout vacillant autour de nous, aucun devenir ne semble perceptible.
Ainsi, après le congrès de Tours les « néo-socialistes » de la SFIO devinrent majoritaires, au sein du groupe parlementaire, avec à leur tête Pierre Renaudel, directeur de l’Humanité et Marcel Déat, fondateur du réformisme.
Ils créeront le Parti socialiste de France (PSdF), dont le slogan était justement « Ordre. Autorité, Nation », qui plus tard fusionnera avec le Parti socialiste français.
Après la débâcle de 1940, Déat fonda le Rassemblement national populaire et devint ministre de la guerre et de la solidarité nationale du gouvernement de Pierre Laval. Condamné à mort, par contumace, il réussira à s’enfuir vers l’Italie, aidé par l’Eglise, où il finira ses jours à San Vito (près de Turin).
Sociologue, agrégé de philosophie, Marcel Déat symbolise, comme beaucoup d’autres de cette époque, le naufrage de l’intelligence.
L’histoire ne repasse jamais les mêmes plats prophétisait Hugo. Rien n’est moins sûr.
Dessin : Chappatte pour Le Temps
15:45 Publié dans Philosophie, Politique, Presse | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : politique, philosophie































Commentaires
Il n'empêche que, bien plus que les propos du Saint Père ou de Redeker, c'est la violence des réactions qui les ont suivies qui prouve dans les faits, la violence de la praxis de l'Islam contemporain.
Vous me direz - ô la vieile rengaine - qu'il ne faut pas confondre Islam et islamisme. Mais les fameux musulmans modérés, arlésiennes contemporaines, ne se manifestent que dans l'imagination des esprits bien-pensants qui les invoquent. Les voyez-vous ? Les entendez-vous ?
Deux hypothèses : 1) ils sont terrorisés, mais alors c'est bien que l'Islam est dominé par la passion guerrière 2) ils sont complices.
Etonnante dualité des genres: quand un catholique se comporte mal, c'est l'ensemble de l'Eglise qui est mise en accusation par la meute de laicards ; quand des milliers de musulmans se livrent au massacre, ils nous sont aussitôt décrits comme des éléments non représentatifs, qui ont sans doute été "provoqués" malencontreusement par un propos irresponsable que nous aurions tenus.
Ecrit par : furgole | mardi, 03 octobre 2006
Si vous désirez consulter un livre passionnant et fouillé sur ce sujet, je vous conseille le livre suivant "Mahomet: contre-enquête" de René Marchand, aux Editions de l'Echiquier.
Ecrit par : furgole | mercredi, 04 octobre 2006
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