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mercredi, 20 septembre 2006
Ségolènades
Les formules à l’emporte-pièce seraient-elles la marque de fabrique de tout président du Conseil régional de Poitou-Charentes ?
Jean-Pierre Raffarin avait ses raffarinades. Pour mémoire je vous en ressors une, pas piquée des vers : « les veuves vivent plus longtemps que leurs conjoints » (à propos du débat sur les pensions de réversion). Ségolène Royal, qui réunissait hier ses troupes à Bondy pour donner ses leçons de désir d’avenir, semble suivre la voie tracée par son illustre prédécesseur..
Je reste, en effet, ébahi devant la panoplie des thèmes charriés par notre reine des sondages pour s’accorder les suffrages populaires et, accessoirement, militants : intelligence collective, citoyen expert, ordre juste, valeur travail, république du respect, révolution démocratique, excellence environnementale, personnes ressources etc.
Le renouveau de la politique passerait donc par celui de l’almanach Vermot !
Certes, quelques grincheux pourraient faire observer qu’il règne un royal silence sur les moyens à mettre en œuvre pour donner un contenu normatif à cette belle litanie de pieuses pensées. La réponse vient, encore, du Poitou : il suffit de s’en remettre à la démocratie participative et « d’aller passer quinze minutes par jour » sur son le site Internet.
La compagne de François Hollande est une adepte de la politique par la preuve, c’est-à-dire celle dont la vérité est établie (preuve : de prouver, du latin probare). En bonne lexicologue, notre Dame du Poitou ne saurait se tromper sur le sens des mots. Aussi, la genèse de ce qu’elle exprime se puise-t-elle, nécessairement, dans le passé là ou justement la pertinence de ce qu’elle énonce a, déjà, été démontrée.
Et y regardant de près, il faut lui rendre cette justice : Le ségolisme aurait une filiation certaine avec la nouvelle philosophie apparue à la fin des années 1970.
Gilles Deleuze donnait une belle définition de ces nouveaux philosophes en mai 1977 : « ils procèdent par gros concepts, aussi gros que des dents creuses, LA loi, LE pouvoir, LE maître, LE monde, LA rébellion, LA foi, etc. Ils peuvent faire ainsi des mélanges grotesques, des dualismes sommaires, la loi et le rebelle, le pouvoir et l'ange. En même temps, plus le contenu de pensée est faible, plus le penseur prend d'importance, plus le sujet d'énonciation se donne de l'importance par rapport aux énoncés vides. »
Aujourd’hui, les « gros concepts » sont devenus : LA république, L’ordre, LE respect, LE citoyen etc. et les « dualismes sommaires » : intelligence et territoire, révolution et démocratie, excellence et environnement, valeur et travail. Je vous laisse le soin d’en multiplier les exemples.
En fait, Ségolène Royal serait à la politique ce que BHL est à la philosophie.
A sa manière, notre vestale socialiste va bien au-delà de Heidegger dans sa tentative de reconstruire les conditions d’une vérité de l’être.
Le Maître de Fribourg voyait dans l’arraisonnement du monde à la technique une conduite inauthentique précipitant l’homme dans une vacuité ontologique dont il ne pourrait s’extraire que par le langage poétique.
Ce serait donc au travers du langage ségolien que se reformulerait une ontologie apte à nous assumer en tant que « citoyen-vers-la-mort. »
La révolution linguistique de la députée des Deux-Sèvres se révèle un viatique pour la reconquête du sens de notre destin : Hier, nous étions au bord d’un gouffre conceptuel. Aujourd’hui, grâce à Ségolène nous avons fait un grand pas en avant !
Photo : AFP
11:40 Publié dans Philosophie, Politique, Présidentielle, Ségolène Royal | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, présidentielles, ségolène royal, segolene, parti socialiste, Royal































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