lundi, 18 septembre 2006
PS : Carnet de bal
Pour le grand oral des prétendants à la candidature l’endroit n’était pas anodin. La fédération du Pas-de-Calais est un haut lieu des traditions socialistes et des luttes ouvrières. Pas question de se présenter devant elle sans avoir peaufiné son discours de gauche, ni être un adversaire résolu du libéralisme, en général, et de Nicolas Sarkozy, en particulier, désigné par tous comme l’adversaire à abattre.
Chacun des orateurs l’avait bien compris. De même qu’il aurait été malvenu d’attaquer frontalement la madone des sondages. Tout au plus, Lionel Jospin a-t-il rappelé que le PS « ne devra pas se plier à l’opinion mais proposer une véritable politique de gauche. » Aussi, les débats furent-ils parfaitement policés. Ségolène Royal, Lionel Jospin, Jack Lang, Dominique Strauss-Kahn, Martine Aubry, Laurent Fabius ont joué le jeu en répondant, par ailleurs, aux questions préalablement écrites et tirées au sort.
Dans l’histoire du parti socialiste la démarche est inédite. Traditionnellement, le Premier secrétaire en était le candidat naturel. Le 21 avril 2002 a bouleversé ce bel ordonnancement. Moins par l’échec de l’ancien Premier ministre arrivé troisième au premier tour, après Jean-Marie Le Pen, que par l’incapacité des caciques de la rue de Solferino d’en tirer les leçons et de se remettre en cause.
Car le PS a gardé sa culture d’appareil. J’ai toujours été stupéfait de rencontrer, dans nombre de départements, un permanent de fédération qui peut être aussi secrétaire de la section du coin, voir maire adjoint de la commune, comme d’ailleurs parfois son « patron » le Premier fédéral. Et que dire des chargés de mission dans les collectivités territoriales occupant, parallèlement, des fonctions de direction au sein des instances du parti ? Sans compter les mêmes éternels candidats dont les échecs successifs justifient qu’ils se représentent à chaque consultation électorale à croire que tout autre choix est forclos. Une anthologie pourrait être écrite sur la multitude d’anciens attachés parlementaires devenus des élus de la nation. Un huis clos destiné à assurer aux barons locaux une base fidèle et hermétique à tout renouvellement.
Ce mode de fonctionnement, que l’on retrouve dans toutes les organisations, a éloigné du peuple, et de sa réalité, ceux chargé de le représenter. Le discrédit de la politique vient, aussi, de là. La députée des Deux-Sèvres a eu l’intelligence de bien le comprendre et de s’en servir pour satisfaire son désir d’avenir dont l’élection à la présidence de la Région Poitou-Charentes a été, à la fois, le révélateur et le tremplin.
Gazelle parmi les éléphants, elle n’avait d’autre choix, pour s’affirmer face à eux, que d’en appeler à une opinion, toujours avide de renouveau, et des médias, toujours complaisants pour relayer l’image de ceux ayant le talent de flatter le plus grand nombre sans encombrer leurs esprits.
Aussi, tout le monde attendait-il la prestation de la Dame du Poitou qui, voyage à Madrid oblige, ouvrait le bal la première.
Souriante, elle a compris qu’il lui fallait ne pas sortir du cadre adopté par les adhérents. Ainsi, ses propositions iconoclastes sur l’éducation ou son inclination pour Tony Blair ont-ils été, provisoirement, mis de côté, en faveur du « changement des rapports de force entre le capital et le travail », plus conforme à l’orthodoxie du programme. Mais, fidèle à son concept d’intelligence collective, elle a rappelé que dans « la démocratie participative que j'appelle de mes vœux, tout sera mis sur la table, en débat avec les citoyens » lançant un appel, au-delà des participants, à tous les Français.
Le discours de la raison
Toutefois, c’est Laurent Fabius, intervenant le dernier, qui a bénéficié d’une standing ovation. Parlant sans note, le champion du non au référendum européen a su se montrer déterminé, convainquant et résolu, tant dans sa volonté de rassembler et représenter toute la gauche en 2007 que dans sa conviction de provoquer l’échec du ministre de l’Intérieur qualifié, pour l’occasion, de caniche de Bush. Un vrai discours d’homme d’Etat.
L’ancien Premier ministre en appelle à la raison et aux débats. Il n’est pas sûr que ceux-ci soient déterminant tant les sondages influenceront les suffrages, non des anciens militants aguerris aux querelles internes et aux combats politiques mais surtout des quelques 80.000 nouveaux adhérents que personne ne connaît réellement.
Ce ne sera pas le moindre des paradoxes. Hier, le dauphin déclaré de François Mitterrand avait été en rupture de ban pour avoir milité seul, avec succès, pour le rejet du Traité européen à l’encontre des consignes officielles de vote. Mis en quarantaine, il a été exclu de la direction nationale. Aujourd’hui, pour avoir soutenu des orientations et des convictions contraires à la ligne définie par le PS, Ségolène Royal, encensée par les sondages, s’apprête à être adoubée par un parti pour lequel elle aurait charge de soutenir un projet auquel elle n’a pas vraiment participé !
Schiller nous incite à la réflexion : Ah ! Peuple mobile qui cède au moindre vent. Malheur à celui qui s’appuie sur ce roseau !
Photo : AFP
05:30 Publié dans Présidentielle | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : presidentielle, politique, parti socialiste































Commentaires
Avec de tels rituels, la gauche rappelle les Byzantins qui, dit-on, discutaient du sexe des anges alors que les Mahométans étaient à leurs portes. Je crains fort que, dans sa sagesse, la classe ouvrière ait de moins en moins d'intérêt pour ces joutes théosophiques.
Écrit par : furgole | jeudi, 21 septembre 2006
et que faisaient les byzantins quand leur "frères" chrétiens pillaient Constantinoples cher Furgole ?
Écrit par : jaurès-pas-torreton | jeudi, 21 septembre 2006
Mon cher Jaurès, je reconnais bien là l'homme de culture que vous êtes. Oui, c'est vrai, la quatrième croisade fut une chose mauvaise, tant pour l'Occident que l'Orient, le produit d'une sombre manipulation des Vénitiens.
Écrit par : furgole | vendredi, 22 septembre 2006
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