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mardi, 30 mai 2006

Nazisme et responsabilité

medium_benoit_xvi_auschwitz-birkenau_afp.jpg« Je ne pouvais manquer de venir ici. Je devais venir. C'est un devoir vis-à-vis de la vérité (…) et comme fils du peuple allemand --le fils de ce peuple sur lequel un groupe de criminels a pris le pouvoir par le biais de fausses promesses de grandeur future et de retour à l'honneur, l'importance et la prospérité de la nation, mais aussi à travers la terreur et l'intimidation, avec pour résultat que notre peuple a été utilisé et abusé comme un instrument de leur soif de destruction et de pouvoir. »

Pour avoir prononcé ces paroles lors de sa venue au camp d’extermination d’Auschwitz, le pape Benoît XVI serait suspecté d’exonérer le peuple allemand de sa responsabilité dans la Shoah.

Ainsi, Riccardo di Signi, grand Rabbin de Rome, a-t-il répliqué : « Je ne suis nullement convaincu par l'interprétation concernant le peuple allemand, comme s'il était lui-même victime et non pas du côté des persécuteurs. »


L’objection est récurrente depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Il faut se souvenir de ces mots du Premier ministre israélien d’alors au moment de l’effondrement du mur de Berlin, symbolisant pourtant un espoir de liberté pour les Allemands de l’Est : « Aujourd’hui Israël est en deuil. »

Plus récemment l’historien Marx Ferro, à propos du film La Chute, s’insurgeait contre cette entreprise ayant pour conséquence de « dégager les Allemands, d'une certaine façon, de toute responsabilité dans les crimes nazis »

C’est dire que la question est loin d’être anecdotique. A entendre les réactions, force est de ce demander si, effectivement, les Allemands doivent être tenus ad vitam æternam pour seuls responsables de l’Holocauste. On ne peut ici que rappeler Simone de Beauvoir pour apprécier la portée d’un tel jugement : « Si je prétendais assumer à l’infini les conséquences de mes actes, je ne pourrais plus rien vouloir. »

Le nazisme ne peut être circonscrit aux seuls Hitler et ses fanatiques qui l’entouraient. Il s’est coulé dans une Histoire et une idéologie auxquelles ont contribué, avec conviction, des intellectuels les plus brillants.

Heidegger, dès 1929, se révoltait contre « l’enjuivement du peuple allemand » et, dans une manifestation de savants allemands en faveur du Chancelier du Reich, déclarait : Le Führer ne sollicite rien du peuple. Il donne plutôt au peuple la possibilité la plus immédiate de la décision libre la plus haute : savoir si le peuple tout entier veut sa propre existence ou n’en veut pas. » A la fin de la guerre, il n’aura aucun mot de repentir et ne regrettera rien. Il en est de même de Carl Schmitt, juriste hors pair et théoricien de l’Etat moderne, affirmant que « le droit et la volonté du Führer ne font qu’un. »

 

Paradoxe

 

medium_auschwitz_afp.jpgIl convient, également, d’avoir à l’esprit que le National-socialisme fut porté au pouvoir à l’issue d’élections régulières et, de ce fait, est un pur produit de la démocratie.

« Quelles que soient les circonstances, en quelque lieu que ce soit, un homme est toujours libre de choisir s’il sera un traite ou non » avait écrit Sartre dans une préface à ses premières pièces. Et il ne peut en être autrement pour celui ayant dessein d’assumer et de choisir sa vie. Mais nous savons aussi que, dès 1951, dans le Diable et le Bon Dieu, il créa le personnage d’Heinrich dont il dira plus tard : J’ai voulu (…) me réfuter moi-même en créant le personnage de Heinrich qui ne peut choisir. Il voudrait le faire, bien sûr, mais il ne peut choisir ni l’Eglise qui a abandonné ses pauvres, ni les pauvres qui ont abandonné l’Eglise. Il est totalement conditionné par la situation. »

C’est paradoxalement dans ces deux limites sartriennes qu’il faut entendre le Saint Père. Sans nier les victimes que firent les nazis parmi les Allemands, ni occulter les actes de résistance au sein de la nation allemande, qui ne peut être réductible ontologiquement à une "Stammesgemeinschaft und Rasse" chaque citoyen emporte une part de responsabilité dans le génocide juif.

Et quand j’écris chaque citoyen, je pense à chacun d’entre nous, sans oublier les hommes d’Eglise. Car il serait autant hypocrite pour notre quiétude de renvoyer une totale culpabilité sur un seul peuple parce qu’un dictateur en est issu, qu’absurde de circonscrire les crimes nazis au cercle des dignitaires hitlériens.

Il s’agit moins d’un anathème que d’une prise de conscience de notre engagement individuel dans le destin du monde. « Un homme qui pense pour un autre, ça n’a pas de sens » disait Sartre.

L’homme, ou la femme, providentiels n’existent pas.

Commentaires

Si la repentance doit jouer, elle doit, pour être crédible, s'appliquer avec des critères identiques à tous les comportements.
J'aimerais que vous analysiez, avec la même exigence morale, le comportement de Sartre vis-à-vis des cent millions de morts du communisme.
Quelle a été exactement son attitude vis-à-vis du goulag, des 7 milllions de morts de la famine d'Ukraine, de toutes les horreurs génocidaires du stalisnime.
Je ne parle pas ici de responsabilité collective, mais de la responsabilité individelle de Monsieur Sartre qui, étant informé de ces abominations, les a cautionnées.
Si l'on compare Pie XII à Sartre, la palme du courage face à l'intolérable revient sans conteste au premier.

Ecrit par : furgole | mardi, 30 mai 2006

la comparaison entre Pie XII et Sartre est futile. par ailleurs,je ne suis pas si sur que ce pape merite la palme du courage. Le Vatican, dans son ensemble, n'a pas vraiment ete tres net pendant cette guerre. Par contre Maksymilian Kolbe, un prêtre polonais mort à Auschwitz le 14 août 1941 après avoir obtenu des nazis de remplacer un père de famille condamné à mort. lui , il l'a merite .

voici une citation de Jean Paul Sartre, que je viens de retrouver dans mes cahiers. Elle est malheureusement toujours d'actualite:

Quand les riches font la guerre,ce sont les pauvres qui meurent.

Jean Paul Sartre

Ecrit par : Gilles | jeudi, 01 juin 2006

Cher Gilles,

Avec vous lu l'encyclique Mit Brennender Sorge, écrite au moment où les démocraties européennes pactisaient avec Hitler ?

Ecrit par : furgole | jeudi, 01 juin 2006

Cher Furgole, non, mais je vais essayer de la lire. Il faut toujours en apprendre plus sur cette periode tragique du siecle ecoule. Avez-vous le film Sophie Scholl ? un film qui retrace la resistance de quelques etudiants allemands contre le regime Nazi . les principaux leaders de ce groupe , aussi appele les roses blanches, ont ete executes par les nazis dont l'heroine du film : Sophie Scholl. Un film realise par un cineaste allemand. Ces jeunes gens , qui vivaient dans la gueule du loup ,ont eu un courage exemplaire.

gilles

Ecrit par : gilles | vendredi, 02 juin 2006

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