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vendredi, 14 avril 2006

Le Deuxième sexe

medium_simone_ds_beauvoir_-_brassai.jpgIl y a tout juste vingt ans disparaissait Simone de Beauvoir, compagne légendaire de Sartre avec lequel elle forma le couple mythique que l’on connaît.

Dans La force de l’âge elle disait de lui « Sartre était mon double en qui se retrouvaient, portées à l’incandescence, toutes mes manies ».

Pour ce vingtième anniversaire, je vous livre un court extrait des lignes que je lui ai consacrées (in Sartre, l’improbable Salaud - Le cherche midi) :

"Les parents de Simone, Georges de Beauvoir et Françoise Brasseur, nouent connaissance dans la très sélecte station balnéaire normande de Houlgate, à l’occasion de rencontres, nécessairement fortuites, que les bonnes familles savent organiser, à l’insu de leurs progénitures, afin de s’assurer d’un bonheur conforme à leurs espérances.


Mondain, frivole, séducteur, amateur de femmes, de plaisirs et de champs de courses, Georges de Beauvoir connaît l’aisance d’une famille de fonctionnaires parisiens devenus bourgeois, par héritage, et oisifs, par habitude. Après des études de droit, sans passion ni assiduité, il devient avocat au barreau de Paris, par relation, tout en ayant le bon goût, par respect pour le justiciable, de préférer les bars et les cabarets au prétoire. La philosophie du père de Simone tient en ces mots : travailler c’est déchoir ! L’homme se prend de passion pour le théâtre de boulevard, et ses coulisses, au point de suivre des cours d’art dramatique. Aussi, à l’exemple de son père, s’apprêtait-il à épouser une jeune fille plus que convenablement dotée.

Françoise Brasseur est belle, musicienne, passionnée et entière. Elle se voit en exploratrice, parcourant le monde, mais ce n’était pas dans l’ordre des choses. Fille de Gustave Brasseur, financier rusé et président de la Banque de la Meuse promise à un grand essor, Françoise, l’aînée de la famille, peut espérer un beau parti comme mari.

Gustave Vasseur entretient, avec zèle et talent, des amitiés politiques. Aussi, favorise-t-il comme prétendant à la main de sa fille, le cousin d’un banquier parisien, protégé d’une de ses relations : Georges Bertrand de Beauvoir.

Quelques mois après leur rencontre, Georges et Françoise se marient. Celle-ci aspire à d’un voyage de noces romantique en Italie. Son mari le lui promet. Tout est prévu pour un séjour idyllique. Hélas ! Le train porteur de rêves, marque un arrêt à Nice ; la saison bat son plein et les mondanités parisiennes tiennent table ouverte au Négresco, sur la promenade des Anglais. Georges se fait un devoir d’interrompre sa lune de miel pour rejoindre ses amis. Sa femme se résout à le suivre. Elle n’a, d’ailleurs, pas d’autre choix, ayant appris, dès son enfance, le respect dû au chef de famille.

Mais le destin allait donner aux évènements une tournure inattendue. Peu après la naissance de Simone, la Banque de la Meuse sombra dans la banqueroute et Gustave Brasseur passe, directement, de son hôtel particulier à la maison d’arrêt (…)

Georges de Beauvoir avait escompté vivre avec l’argent de sa femme. Celle-ci, touchée dans son orgueil, se sentira, toute sa vie, coupable envers son mari de cette dot, pour toujours engloutie, et ne lui fera jamais de reproches sur sa vie dissolue, semblant accepter son sort comme une fatalité. Cette image de la femme, l’auteur du Deuxième sexe entendra la dénoncer et la fuir toute sa vie (…)

medium_sartre_et_beauvoir_berlin_1947.jpgL’ambiance familiale pèsera lourd dans le destin du Castor. Pourtant, bouffée de liberté dans cet univers oppressant, Georges de Beauvoir avait donné à sa femme le goût du théâtre. Il voue un culte à la littérature. Le plus beau métier du monde est, pour lui, celui d’écrivain. Il sait faire partager sa passion à la petite Simone.  Mais si, enfant, on se plait à parer le petit Poulou (surnom de Sartre NDLR) des attributs féminins, Georges de Beauvoir ne cesse de répéter à sa fille : « Tu as un cerveau d’homme », tout en lui disant « Que tu es laide ma pauvre fille ». Pourtant, ses parents sont convaincus que seules les études pourront la sortir de la condition médiocre dans laquelle la déroute familiale l’a engluée. Elle se doit de réussir. Sa mère veille sur ses études. A 15 ans le choix du Castor est déjà fait : elle sera un écrivain célèbre (…)

Comme Sartre, Simone de Beauvoir se complait dans l’écriture. « Le fait est que je suis écrivain (…) quelqu’un dont toute l’existence est commandée par l’écriture. » Ce qui prit, en premier, le pas dans leur relation a été une réelle entente intellectuelle. Elle avouera, d’ailleurs, bien plus tard, qu’une seule fois, au cours de leur existence, ils se sont couchés en désaccord.

Toutefois, avant Sartre, son grand coup de cœur fut pour une camarade de classe, Elisabeth. Car si l’auteur des Mots ne sut jamais reconnaître son homosexualité latente, le Castor ne se cacha nullement son ambivalence sexuelle qu’elle assumait et vivait comme la marque ultime d’une liberté ; « En soi, l’homosexualité est aussi limitante que l’hétérosexualité : l’idéal devrait être de pouvoir aussi bien aimer une femme qu’un homme, n’importe, un être humain, sans éprouver ni peur, ni contrainte, ni obligation. » Sartre rêvait d’une vie faite d’une série d’aventures, le Castor l’envisageait comme une aventure heureuse, « faite de désordre et de laisser-aller trouble et impérieux. »

Photos : Brassai et Deutsches Historisches Museum, Berlin

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