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lundi, 27 mars 2006
Villepin : prédicateur du vide
Il faut tordre le cou à l’idée qu’il est impossible, en France, d’accomplir des réformes. Car celle du CPE n’en est pas une ; elle se contente d’organiser une réalité récurrente : la précarisation des moins de 25 ans.
Réformer, suppose une vision du monde, un idéal au-delà du factuel, un élan prompt à fédérer les foules et impliquer le citoyen dans la construction de son devenir. Le silence du transcendant forge la vacuité intellectuelle. Il ne faut pas voir d’autre explication au questionnement du religieux taraudant nos sociétés contemporaines.
Gérer l’existant, tel est le sinistre credo de la nouvelle gouvernance.
Je ne crois pas un seul instant aux atermoiements d’un Dominique de Villepin face aux anti-CPE. Ils participent d’une double stratégie en apparence contradictoire. Gagner du temps en pariant sur l’essoufflement d’un mouvement et espérer tirer partie d’une éventuelle radicalisation qui aura pour conséquence d’exaspérer l’électorat de droite dont le Premier ministre a, toujours, dessein de devenir le héraut contre Nicolas Sarkozy, son unique adversaire et préoccupation.
A cet égard, le sondage IPSOS paru aujourd’hui pour Le Monde et « Mots croisés » sur France 2 est très révélateur. Si 63 % des Français souhaitent le retrait du CPE, 74 % de l’électorat UMP soutiennent son maintien alors que 83 % de la gauche s’y opposent)
C’est dire que le bras de fer, dont les manifestations de mardi sont le point d’orgue, n’est pas sans danger pour la gauche et les syndicats.
Dans un contexte politique ainsi clivé les surenchères sont propices à toutes les dérives, mais aussi à toutes les désillusions, celles-ci alimentant, d’ailleurs, celles-la. Si la fronde contre le Contrat première embauche est venue, fort à propos, souder une intersyndicale, jusqu’ici introuvable, le traitement des problèmes de fond sur le chômage des jeunes reste, depuis de trop longues années, sans réponse. Droite et gauche ont participé à cet évitement. Dominique de Villepin, qui est au côté de Jacques Chirac depuis plus de 10 ans, le sait parfaitement. Il n’est pas interdit de penser qu’il escompte, sur ce point, discréditer également ses opposants.
Il s’agit là d’un jeu dangereux commandé non seulement par les ambitions démesurées d’un homme, candidat à la magistrature suprême, et prêt à tout pour cela, mais aussi d’une caste, au pouvoir depuis trop longtemps, engoncée dans ses préjugés et incapable de lâcher un iota de ses prérogatives.
Justice sociale illusoire
Dire que les acquis ne sont pas un dogme est certain, qu’il faille se résoudre à des restrictions est possible mais encore faut-il que les efforts et les sacrifices soient partager, par tous, en toute équité et transparence. Le citoyen peut, à juste titre, s’interroger sur l’illusion d’une justice sociale lorsque Gaz de France fait des bénéfices record mais augmente, de nouveau, ses tarifs ou quand le prix du baril de pétrole baisse sans aucune incidence sur le consommateur.
A défaut comme leurs aînés d’avoir des territoires à conquérir, ou des richesses à s’agréger, et face à leur incompétence pour obvier aux défis du futur, sans renoncer, pour autant, à une once de leurs privilèges, les générations vieillissantes, et nanties, en sont venues à déclarer la guerre à leurs enfants. Car c’est à eux que nous entendons faire payer trente ans d’impéritie.
« Quand les riches font la guerre ce sont les pauvres qui meurent » lit-on dans Le diable et le bon dieu. Nous avons progressé dans l’effroi en y ajoutant les jeunes.
Triste fin de règne pour notre Président de 74 ans !
Photos : AFP
16:25 Publié dans CPE, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Politique































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