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vendredi, 24 mars 2006
Villepin : les jeunes défilent, les vieux discutent
La manœuvre est aussi vieille que la politique : diviser pour mieux régner. Le front uni des douze organisations syndicales de salariés, d’étudiants et de lycéens est si exceptionnel que la tentation était trop forte pour ne pas céder à l’envie d’y mettre fin.
Derrière l’invitation à venir dialoguer, lancée aux seuls cinq grands syndicats du travail, il faut y voir, tout à la fois, la main de Jacques Chirac et le secret espoir d’ouvrir une brèche dans l’unité anti-CPE. L’Elysée a toujours espéré pouvoir, en ce sens, compter sur François Chérèque. La droite n’a pas oublié le rôle de la CFDT dans le dossier des retraites. Le secrétaire général de la centrale cédétiste non plus, cette « trahison » ayant suscité une fronde de ses adhérents dont bon nombre ont déserté le syndicat pour d’autres organisations, notamment Sud. Aussi, y regardera-t-il à deux fois avant de faire cavalier seul pour obliger le Château.
Mais la mobilisation ne mollit pas et la détermination reste forte parmi étudiants et lycéens. Elle crée un rapport de force favorable dont les syndicats ont bien compris qu’ils devaient en tirer profit. Ainsi, ont-ils exigé que les douze organisations soient toutes reçues, ensemble, par Matignon et réaffirmé le préalable d’un retrait du projet ce que Dominique de Villepin a refusé, aujourd’hui, tout en s’engageant à recevoir, samedi, les organisations étudiantes.
Chacun est mis devant ses responsabilités et tous auraient tort de mésestimer le mouvement de révolte des jeunes générations qui, outre le CPE, demandent d’être partie prenante de leur devenir et, par conséquent, d’être associées aux décisions qui les concernent.
Car leurs revendications va bien au-delà de l’abrogation d’une mesure qu’elles jugent inique. Elles questionnent, plus profondément, l’essence même de la pensée libérale dont elles sont les premières victimes et qui privilégie le capital sur l’Homme. Puisque ouverture il y a, cela devrait, d’abord, être celui des esprits.
Il y a un étrange paradoxe à voir que, malgré les progrès de l’information et de l’éducation, nos rapports au travail restent figés du temps des maîtres de forges. Notre conservatisme, en la matière, est consternant. En effet, tout s’organise selon cette double croyance : seul le patron est détenteur du savoir économique et il n’a de compte à rendre qu’aux détenteurs de capitaux. Par ailleurs, la téléologie patronale se circonscrit, essentiellement, à produire du profit. Sur ce point, le MEDEF empreinte aux Mains sales de Sartre son credo « tous les moyens sont bons quand ils sont efficaces. »
Cela fait de l’entreprise un champ clos et de son conseil d’administration un conclave. Avant d’être une entité financière, elle est d’abord une concentration d’hommes qui demandent, tous, à s’impliquer dans son développement. L’entrepreneur doit, moins, être un dirigeant qu’un fédérateur. Il ne peut, éternellement, se retrancher derrière une position hiérarchique propice à tous les immobilismes.
Inventer de nouveaux rapports de travail
L’entreprise de demain doit innover, notamment dans les liens qu’elle construit avec ceux qui contribuent à son essor. Le dirigeant du futur doit savoir se remettre en cause. Il faut chasser les subordonnés pour faire place aux partenaires. Cela suppose que chacun soit traité sur un pied d’égalité avec respect et reconnaissance.
Une nouvelle culture du travail doit s’élaborer. Les jeunes y ont toutes leurs places. C’est à cette condition qu’ils pourront accéder aux responsabilités qui sont les leurs dans la mise en oeuvre du bien commun.
Il ne s’agit pas de vénérer le succès économique, dont je ne sais pas bien ce qu’il veut dire, mais de permettre à chacun de construire librement sa vie sans empiéter sur celle de son voisin.
Car si, à l’aube du 21ème siècle, notre démocratie consiste à permettre que quelques multinationales génèrent des profits sans cesse croissant, au prix d’une régression du niveau de vie et d’une précarité pour le plus grand nombre, c’est que, plus de 200 ans après 1789, nous avons raté une révolution.
Photos : AFP
17:05 Publié dans CPE, Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Politique































Commentaires
De toutes manières, il y a une constante, la droite n'a jamais pu comprendre la jeunesse. Il suffit de se souvenir du débat anve les jeunes et Chirac pour le réferendum européen : une totale incompréhension. A croire qu'à droite on n'a jamais éyé jeune.
Quant à la gauche, on se demande si elle a un jour grandit.... si ce n'est pour rejoindre la droite.
Moralité : on est mal barré !!!
Ecrit par : Thomas | dimanche, 26 mars 2006
Pour ceux d'entre vous qui ne l'auraient pas lu par ailleurs, je vous livre le savoureux commentaire de Dantec sur les anti-CPE :
"Ce qui est clair, dans tous les cas, c'est qu'entre 1968 et 2006, le gauchisme a perdu tout ce qui, à la limite, pouvait représenter une alternative crédible à la bourgeoisie. Devenu simple pose "culturelle", sorte de sous-esthétique pour légume post-mitterrandien, il ne peut même plus être considéré comme une idéologie, un "dogme". Il n'est rien d'autre que l'avant-garde de la décomposition française, et il nous le démontre désormais à chaque "manifestation". Incapables d'assurer leur propre autodéfense, ces tristes zombies de l'anarcho-trotskisme doivent faire se retourner dans leur tombes leurs vaillants ancêtres de la Guerre d'Espagne qui, eux, quelque furent leurs crimes, eurent en tout cas le cran d'affronter l'ennemi.
Bovidés de l'écologisme, troupeaux de l'avant-gardisme subventionné, membres agréés des sectes anti-racistes, prosélytes de la "tolérance", surtout vis-à-vis de l'intolérable, propagandistes des nihilismes socialistes, défenseurs des poseurs de bombe, nos pro-arabes de service sont désormais confrontés à leurs "alliés de classe".
Très honnêtement, il serait temps de proposer un mot d'ordre de grève générale à la Police Nationale qui ne fait qu'entraver la liberté d'expression et de réunion de toute cette belle jeunesse, que le monde entier nous envie."
Ecrit par : furgole | dimanche, 26 mars 2006
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