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lundi, 13 février 2006
Liberté d'expression
Décidemment, ces derniers temps, la liberté se porte plutôt bien. Tout le monde est au petit soin avec elle, jamais son nom ne fut autant honoré. Liberté d’expression, de penser, de prier, de critiquer, voire de haïr, il y en a pour toutes les religions lesquelles, justement, sont sur la sellette.
Les 12 caricatures du prophète Mahomet n’en finissent pas de faire couler beaucoup d'encre dans nos journaux. Situation d’autant plus paradoxale qu’on remonte aux Lumières pour combattre la censure en passe de s’instiller dans nos rédactions, non pas du fait d’un prince despotique, mais en vertu d’anathème religieux ou, plus exactement, de fatwa, nouvelle marque d’apostasie moderne. Pour un peu on se croirait revenu cent ans en arrière, en plein débat sur la loi de séparation des églises et de l’Etat.
Nos libres apôtres voient notre démocratie gangrenée par les révoltes d’intégristes s’ébrouant de l’autre côté de la Méditerranée. Les concepts à l’articulation fine célébrés par Deleuze n’étant pas leur fort, ils convoquent une résistance sans faille contre une tentative d’invasion idéologique de quelques mollahs, en odeur de sainteté dans les régimes dictatoriaux du Proche Orient. Quant à ceux formulant des réserves sur cet emballement guerrier, et invitant à la mesure, ils se voient convoqués au tribunal de l’histoire et estampillés de « munichois. » L’illustration en est donnée par les propos de mon ancien petit camarade Max Gallo.
Je suis désolé de ne pouvoir suivre la meute si bien ordonnée. A ce que je sache, l’Islam, contrairement au III° Reich, n’a pas dessein de nous envahir et il ne faut pas confondre les exactions d’une petite minorité agissante, et manipulée, avec la grande majorité des musulmans qui, même choquée, reste digne.
Je l’ai déjà dit, et répété, la liberté de la presse ne consiste pas à dire tout et n’importe quoi. « Ecrire est du sens » rappelait Claude Simon. Dans une société en mal de repères, et ayant abdiqué toute interrogation épistémologique, cette réflexion doit être à l’esprit de quiconque prétend formuler une pensée.
L’anticléricalisme est une tradition bien française. Pour autant, je ne suis pas persuadé que la profanation du sacré soit un réel progrès de l’humanité.
Le mur de l’argent facile
Cela dit, s’agissant de la mise en question d’une libre expression dans nos pays démocratiques, la lutte forcenée et univoque contre le goupillon, même mâtiné du croissant turc, ne m’apparaît pas l'urgence la plus criante.
Au-delà de l’envahissement du spirituel sur le temporel, le mur de l’argent est un adversaire autrement plus coriace. « L'argent qui corrompt, l'argent qui achète, l'argent qui écrase, l'argent qui ruine et qui pourrit jusqu'à la conscience des hommes», pour reprendre une expression de François Mitterrand, est bien plus redoutable.
Les concentrations dans l’édition et la presse constituent un réel danger sur lequel j’ai rarement lu d’éditoriaux aussi solennels que ceux exhibés pour défendre douze dessins sans talent. L’abandon des politiques industrielles au profit de stratégies fiduciaires, le culte du profit maximum, les logiques monétaires et la doctrine de libre régulation des marchés, voilà ce qui menace, réellement, nos libertés publiques.
Il s’agit là d’un ennemi bien plus pernicieux. Et pourtant, sur le sujet, point de numéros spéciaux ni de débats télévisés enflammés. Contre le dogme des capitaux nous restons silencieux, car impuissants, ayant abdiqué tout esprit critique sur l’autel de la rentabilité financière.
Aussi, en sommes-nous réduit à convoquer Voltaire pour soutenir notre combat contre la calotte, le seul que nous soyons encore capable de mener, et pas toujours à bon escient. Nous feignons d’ignorer que les cathédrales qui nous édifions à la Liberté sont aux mains de sociétés par actions et que les cours de la bourse sont devenus la liturgie de la nouvelle religion à la mode : celle du commerce qui ne produit plus rien.
L’église des hommes, chère à Sartre, elle, n’est pas pour demain.
Statue de Voltaire par Houdon
01:50 Publié dans Caricatures de Mahomet , Politique , Presse | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : Politique
Commentaires
la liberté de la presse ne consiste certes pas à dire tout et n’importe quoi, mais ne ne consiste-t-elle pas à pouvoir dire tout et n’importe quoi (sans se prendre une balle)?
Si la réponse est négative, alors se pose la question des limites, et c'est là que commencent les embêtements. Car qui doit décider de ces limites? Comment? Pour chaque sujet abordé par la presse, il se trouvera toujours un groupe ou un autre pour sortir des armes bien réelles en réponse à des mots. Doit-on alors composer? Jusqu'où?
En général, dès lors qu'il s'agit de tracer une frontière entre l'acceptable et l'inacceptable, on s'en remet au débat collectif. Mais le "débat" autour de la liberté de la presse a ceci de spécifique qu'il ne peut en être un, car les parties en présence ne sont précisément pas en accord sur les règles de l'échange. Et que l'une des parties est prète à tuer.
Ecrit par : EL | lundi, 13 février 2006
Face au nazisme, il aurait beaucoup mieux valu envahir l'Allemagne en 1936 alors qu'elle n'avait pas encore réarmé. Une campagne militaire aurait fait quelques centaine de morts et aurait évité une guerre mondiale, la Shoah et un deuxième suicide de l'Europe.
Dans le même contexte, j'aime beaucoup le courage d'un Max Gallo, d'un Luc Ferry.
Bien sûr, ils ne citent pas Sartre et Althusser à chaque ligne, mais pour moi c'est plutôt un signe d'intelligence.
Je n'aime pas les "naintellectuels" qui, au nom des "articulations fines" chères à Deleuze et autres concepts abstrus chers à l'auteur de ce blogue, essaient d'imposer à la France l'obligation de se suicider.
Fils de paysan, j'aime qu'on me reconnaisse le droit d'appeler un chat un chat, sans exiger de moi que j'écrive au préalable trois thèses sur l'ontologie des félins.
Ecrit par : furgole | lundi, 13 février 2006
@furgole,
Certes on n'a pas besoin d'une thèse sur l'ontologie pour appeler un chat un chat, et heureusement, mais il faut faire attention à ne pas confondre un chat suavage et un chat, un chat de gouttière et un chat d'appartement...
Ecrit par : chats | lundi, 13 février 2006
Entièrement d'accord, pour autant que ces distinctions soient pertinentes en l'espèce et qu'elles ne relèvent pas purement d'un effort visant à noyer la matou.
Ecrit par : furgole | lundi, 13 février 2006
Liberté d'expression, j'écris ton nom...
Je suis entièrement d'accord avec ce que vous dites, Bernard.
Cette affaire de caricatures, si elle paraît anodine, est bien révélatrice.
Révélatrice du racisme rampant, de l'ignorance crasse, de l'arrogance incommensurable des néo-penseurs, de gôche comme de droite, qui se drapent dans la soutane de la laïcité pour imposer aux autres un modèle qui prend pourtant l'eau de toutes parts.
Et voilà Voltaire qui sert de caution aux pseudo-intellos de ce siècle et du siècle dernier. Ils n'ont trouvé personne entre deux?
Et puis montrer du doigt les agitations et exactions d'une poignée de fanatiques, cela permet de justifier ensuite les "Karcher", "racaille", "polygamie", "islamophobie" et autres termes pour définir les musulmans, autant dire les Arabes dans l'imagerie populaire.
Nous ne pouvons que nous incliner devant le "courage" dont font preuve ces grands subversifs que sont les Val, Gallo, Luc Ferry et autres. Un courage qui les pousse à miauler avec les chats. Et hurler avec les loups.
Un courage incommensurable, pourtant, au regard de celui de tous ceux (dont de nombreuses femmes) qui dans les pays "musulmans" luttent au péril de leur vie et de celle de leur famille contre les intégrismes.
De ceux-là, on n'entend pas parler. Normal: il vaut mieux laisser l'illusion aux occidentaux qu'ils ont inventé la tolérance et qu'ils l'appliquent sans faille.
Ecrit par : emcee | lundi, 13 février 2006
Personnellement, je vois dans le mot racaille un euphémisme désignant non les musulmans ou un quelconque minorité ethnique, mais les gens qui brulent des voitrues ou rackettent des voyageurs dans les trains.
Mais pour ces gens là je trouvent que "racaille" est condamnable, vu son caractère d'éuphémisme et que le Karcher a un caractère danegereusement sympathique qui rappelle par trop les bizutages d'étudiants.
Vive Gallifet !
Vive Cavaignac !
C'est mon modèle de république, adapté aux moments que nous vivons.
Ecrit par : furgole | lundi, 13 février 2006
C'est bien ce que je disais, furgole: incommensurable.
Ecrit par : emcee | lundi, 13 février 2006
« «Ecrire est du sens » rappelait Claude Simon.»
Ce n'est pas parce qu'un prix Nobel écrit quelque chose que c'est intelligent.
Démonstration par l'exemple, rien n'est plus parlant.
Dqdfqsi qsdf eotap gq eoa goa.
Le paragraphe précédent n'a aucun sens. Pensez-vous qu'il soit illégitime de l'écrire pour autant ?
Ecrit par : Un pinailleur | mardi, 14 février 2006
Je n'ai pas bien compris ce que disait emcee.
Est-il en train de nous raconter qu'en nous laissant islamiser nous allons aider les modérés qui luttent contre l'intégrisme en terre d'Islam ?
Intéressante pensée
Ecrit par : hdp | dimanche, 19 février 2006






























