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vendredi, 13 janvier 2006

Quelques vérités sur François Mitterrand

« On entre dans un mort comme un moulin » affirmait Sartre dans l’Idiot de la famille. Et l’inconvénient, pour François Mitterrand, d’être sorti du purgatoire est bien de s’exposer aux vicissitudes des vents contraires.

Aux idolâtres convaincus s’opposent les procureurs résolus qui n’en finissent pas de faire resurgir le passé du défunt, incantation d’un deuil impossible.

Trois éléments récurrents sont instruits à charge.

Tout d’abord la jeunesse droitière de celui qui sera le futur premier président socialiste de la République française, au sein d’une Europe dominée par la droite. Visiblement, ces thuriféraires du monolithisme ne sont pas existentialistes et, pour eux, l’homme est condamné à ne jamais évoluer depuis sa naissance.

Ensuite revient, bien sûr, l’attribution de la Francisque (n°2202). Et, bien évidemment, elle devrait constituer un brevet ad aeternam de maréchalisme. François Mitterrand a été fonctionnaire au commissariat général des prisonniers de guerre et a, certainement, adhéré à la « Révolution nationale » comme nombre de ses compatriotes. C’est au titre de ses fonctions qu’il reçut la croix gallique, vraisemblablement en mars-avril 1943. La date est importante car elle coïncide avec la période où nombre de cadres du régime passent à la résistance, ce que fera l’ancien président pendant l’été 1943. Dès le 13 novembre, il s’envole pour Londres

Vouloir exciper le pétainisme de Mitterrand pour nier ses activités de résistant participe de la malhonnêteté intellectuelle. Nombre de ses camarades ont suivi le même parcours et l’allégorie officielle d’une France majoritairement résistante face à une autre pétainiste, forcément minoritaire n’a été qu’une mise en scène afin de servir la réconciliation du pays à la Libération. Pour Robert O. Paxton « l'histoire personnelle de François Mitterrand pendant la guerre fait de lui un Français plutôt typique, plutôt représentatif. Beaucoup de Français ont sincèrement cru, au début, que Pétain allait pouvoir faire mieux, beaucoup ont cru pouvoir occuper des fonctions techniques à Vichy pendant un an ou deux. Mais la Révolution nationale et l'engrenage de la Collaboration rendaient la situation impossible et nombre d'entre eux ont pris leurs distances ou ont changé de camp. »

 

Des amitiés fidèles et troublantes

 

Reste ses amitiés avec René Bousquet, ancien secrétaire général de la police sous Vichy, révélé par le livre de Pierre Péan (Une jeunesse française). François Mitterrand aura beau jeu de rappeler que « Personne ne s’est jamais demandé pourquoi de Gaulle a utilisé les services de Papon, ancien collaborateur comme Bousquet et inculpé depuis, lui aussi, de crimes contre l’humanité. » Est-ce une circonstance atténuante de rappeler l’arrêt de la Haute Cour de Justice, en 1949, relevant « qu’il résulte de l'information et des débats la preuve qu'en de nombreuses circonstances BOUSQUET a, par ses actes, participé de façon active et soutenue à la résistance contre l'occupant », pour l’exonérer de sa responsabilité dans la rafle du Vel’ d’hiv ?

Il ne sera jamais jugé sur la plainte, déposée en 1989 pour crime contre l’humanité, visant la déportation de 194 enfants de six départements du sud de la France. Il fut assassiné le 8 juin 1993 par Christian Didier, rendant impossible tout débat.

Que cette relation, pour le moins troublante, suscite des hauts le cœur dans l’opinion publique est parfaitement compréhensible. Mais le silence qui a entouré la divulgation, dans le même ouvrage, du projet d’assassinat de François Mitterrand, lors de sa visite à Alger au général Giraud, fomenté par le neveu de l’homme du 18 juin est, en revanche, surprenante. Et pourtant cet épisode, de la lutte interne des mouvements de résistance, occupe bien plus de place que les quelques lignes sur ses liens avec l’ancien haut fonctionnaire de Pétain. Or, vous chercherez, en vain, le moindre entrefilet sur le sujet. Silence total. Nous avons l’indignation bien sélective.

Sur son lit de mort deux hommes veillèrent l’ancien président, ses deux plus fidèles amis : l’avocat Roland Dumas et le général de Bénouville, compagnon de la Libération, gaulliste historique et grand résistant de la première heure. Tout un symbole.

L’histoire de François Mitterrand est celle d’une France qui se cherche, sombre, se relève, espère et s’enfonce. C’est aussi l’histoire de bon nombre d’entre nous, d’où notre difficulté à le juger et à reconnaître, comme pour tout un chacun, sa part d’ombre et de mystère.

Photo : Reuters

 

Commentaires

En lisant vos deux dernières notes, on peut comparer les deux personnages dont il est question (Mitterrand et Sarkozy). Bien sûr, l'époque est différente et on ne peut pas reprocher à Sarko de ne pas avoir été résistant (il se serait probablement rendu à Londres, mais surtout pour mettre des bâtons dans les roues à De Gaulle!)... mais, tout de même... enfin... c'est vrai, on a changé d'époque...

Ecrit par : Eric Mainville | samedi, 14 janvier 2006

JE Suis assez d'accord avec vos commentaires sur mittérrand il ne faut pas faire d'anachronisme et jugez mittérrand avec les yeux de 2006....

Ecrit par : ALEX | vendredi, 20 janvier 2006

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