mercredi, 11 janvier 2006

Lycée d'Etampes : Les raisons de la colère

Le Parisien et Libération, dans leurs éditions datées du 11 janvier, publient de larges extraits de la version, par Karen Montet-Toutain, de l’agression dont elle a été victime au Lycée Louis Blériot d’Etampes.

Cette jeune professeure en arts plastiques, de 27 ans, avait été poignardée par l’un de ses élèves, en plein cours, le 16 décembre. A la rentrée des vacances de Noël, ses collègues ont exercé leur droit de retrait et la reprise des enseignements n’a eu lieu qu’une semaine plus tard.

Je dois avouer avoir éprouvé un certain trouble à lire la transcription de cet entretien donné aux journalistes convoqués, pour la circonstance, à la Mairie d’Etampes. Est-ce la publicité des afflictions et détresses dont nous devenons les confidents coutumiers, l’incompréhension des mondes qui se côtoient, dans un même lieu, sans jamais pouvoir s’entendre, la déliquescence du lien d’enseignement rendant impossible tout bénéfice pour un élève un tantinet studieux, où cette nouvelle religion qui désignent d’un doigt vengeur les seules responsables de notre désarroi : les autres ? « J’en veux à l’institution » nous dit cette jeune femme. Sans compter cette peur indicible qui taraude notre quotidien, tellement omniprésente qu’elle transmute en ennemi tout inconnu.

Certes, nous ne saurions occulter sa réelle souffrance et, encore moins, excuser son agresseur. Mais ne retenir comme principaux, voire seuls, fautifs LE proviseur, LA hiérarchie, participent d’une totale méconnaissance de la fonction d’enseigner. Il faut avoir l’honnêteté de le dire.

En effet, l’école, prise dans son acception générique, est le lieu où les notions de conscience et de responsabilité doivent, nécessairement, faire sens. Nul ne peut s’en exonérer et certainement pas ceux qui ont la lourde charge de préparer des enfants et des adolescents à la vie d’adultes.

L’enseignement ne peut se restreindre à « lire, écrire et compter » pour reprendre une formule de Jean-Pierre Chevènement qui fait toujours florès. Il importe moins de former des docteurs que des honnêtes hommes. Montaigne, déjà, n’avait pas dit autre chose. Pendant trop longtemps, et encore aujourd’hui dans une certaine mesure, les murs de nos établissements scolaires sont restés imperméables aux réalités extérieures. Il n’est pas étonnant que celles-ci en forcent l’accès avec fracas.

 

Changer de paradigme

 

Les structures de notre société connaissent des mutations sans égales dans le passé. L’école ne peut rester monolithique. Les méthodes d’enseignement doivent, inévitablement, s’adapter à notre environnement. On ne professe pas aujourd’hui comme cela se faisait il y a 20 ans. Il importe de revoir notre paradigme en la matière.

Je suis très surpris de voir la quantité de connaissances que l’on exige d’un futur professeur. Nous avons, dans notre pays, le culte de l’encyclopédie. Mais, en revanche, personne ne paraît se préoccuper de la disposition à les transmettre. Or, il n’y a aucune corrélation entre l’accumulation de savoirs et sa capacité à les enseigner. Aucun candidat au CAPES ou à l’agrégation n’est évalué sur ses aptitudes pédagogiques dont les cours théoriques, sur la question, sont réduits à leur plus simple expression.

De même, nous découvrons les vertus de la bivalence qui existe, déjà, depuis belle lurette, en Suède ou en Allemagne. Or, elle a le mérite de montrer la perméabilité des disciplines qui, jusqu’à présent, donnent l’impression d’être cloisonnées.

Il faut le rappeler, il n’y a pas d’éducation standardisée, ni aveugle d’un monde en mouvement.

Demander plus de moyens en personnel et financier ne suffit pas pour corriger, à eux seuls, un système éducatif à la dérive. Claude Allègre fut l’un des rares ministres à avoir manifesté sa volonté de réformes en profondeur. Il a du battre en retraite.

Et pourtant, rien ne se fera si tous les acteurs refusent de se remettre en cause et d’interroger leurs places et leurs pratiques.

« J'ai envie de reprendre les cours. J'ai l'enseignement dans la peau, et j'adore malgré tout ce public-là. La hiérarchie est incapable de reconnaître notre implication.. » nous dit Karen Montet-Toutain.  Malheureusement, la vocation ne suffit plus et les supérieurs hiérarchiques ne peuvent tout pallier.

« Il ne mène pas la vie d’un homme celui qui ne s'interroge pas sur lui-même » nous a appris Socrate.  Une formule qui mériterait de figurer au frontispice du ministère de l’Education nationale.

Photo : AFP

Commentaires

ce que vous dites sur la formation des enseignants est très faux: je les forme, à l'université, pour le capes et l'agreg. Mon boulot est du coté "encyclopédique" mais il faut bien qu'un enseignant sache de quoi il parle.
Et justement c'est ça qui est de plus en plus difficile: on remplace des enseignements de base par des modules "pédagogiques", sur 2 oraux de CAPES l'un est un aspect purement pédagogique du genre de ce que vous désireriez,... les exemples de ce types sont nombreux. Le problème est le contenu des enseignements de ces soit-disant pédagogues: aucun (ou presque, on trouvera toujours une exception, et c'est tant mieux) n'a jamais vu un élève de ZEP. Même pour des élèves "normaux" leur enseignement est totalement inadapté et vide. Or ce sont ces gens qui ont le plus de pouvoir dans les instances ministérielles. Leurs buts annoncés sont par exemple à des années lumières de ce que vous appelez (et ce que je souhaite)"un honnète homme".
Pour information consultez le site (certe très polémique mais on y trouve aussi beaucoup d'info objectives) du mathématicien Laurent Lafforgue:
http://www.ihes.fr/~lafforgue/demission.html
Vous verrez notamment le rapport des professeurs de français sur l'état de leur enseignements après les consignes des "pédagogues"... édifiant!

En tout cas votre blog est trè intéressant.

Philippe.

Écrit par : philippe | jeudi, 12 janvier 2006

comment peut-on enseigner à quelqu'un qu'on ne connait même pas, dont on nie et parfois méprise la culture d'origine ?

Comment exciter la curiosité de quelqu'un lorsqu'on n'en a aucune envers lui et ce qu'il a de particulier ?

Comment peut-on aider quelqu'un à se construire en tant qu'individu et citoyen lorsqu'on l'oblige d'emblée à se renier et à se construire contre une partie de ce qu'il est ?

ce sont là quelques interrogations qui me viennent à l'esprit à chaque fois que j'entends certains collègues parler de leurs élèves.

Écrit par : kalima | jeudi, 12 janvier 2006

Mais oui mais oui vous avez raison... Finalement c'est la faute à cette enseignante... Je me disais aussi... Continuez donc à victimiser cette barbarie sans foi ni loi qui n'a aucun respect de la personne humaine et des valeurs qui fondent notre civilisation. Continuez donc à leurs trouver des excuses... Fermez les yeux... Dormez bien avec vos oeillères idéologiques et votre pédagogisme à deux balles conçu par les planqués qui blablatent tranquilles dans leurs IUFM et qui ne font qu'inculquer la culpabilité aux étudiants (je sais ce que je dis, j'en sors).
Continuez donc à donner vos leçons... Personne n'est plus dupe de vos analyses socio-psycho à la moraline délétère... et maintenant criminelles.
Avant que de quitter définitivement ce blog nauséabond je me permets de citer un extrait du roman (prix renaudot des Lycéens !) de Pierre Jourde (lui aussi professeur), "Festins Secrets" :

"Dans les arènes que le Système a fait construire à grands frais, on livre aux fauves ce que la pays a de meilleur. Des jeunes gens engraissés à la science, aux lettres et aux arts, pleins de délicatesse et d'abnégation. En dehors de quelques vieilles épaves pédagogiques, on trouve surtout à Prévert des débutants : grands dadais nourris à la théorie pédagogique des ISFP, rougissantes jeunes filles relâchées des grandes écoles, à qui la nation confie la tache d'apprendre le commentaire en trois parties d'un poème de Baudelaire à des troupeaux de trafiquants de drogues, racketteurs analphabètes, masturbateurs sournois, apprentis maquereaux, putains précoces, filles violées par père et oncles, grenouilles de mosquée voilées jusqu'aux sourcils, prosélytes islamistes et champion de boxe thaï. Les Romains flanquaient les chrétiennes à poil au milieu du cirque. On les fouettait, on les faisait saillir par des anes avant de faire rotir ce qui restait. Au moins les martyres avaient-elles la consolation de croire au paradis. Pas les profs. Les profs sont là pour se faire enculer par les anes, sous les huées de la foule. Tout le système a pour seule vocation de profaner le savoir" (p76)

Il y a d'autres pages encore bien plus réalistes...

Paradoxalement c'est le ministre qui a raison et non Karen. C'est bien la société qui est toute entière responsable (mais qui connait aujourd'hui la signification de ce mot ?)... La hierarchie de l'Education Nationale n'étant qu'un de ses prolongements métastasés...

Bien à vous

Écrit par : Zorg | jeudi, 12 janvier 2006

Je suis tombé par hasard sur cet article de votre blog. Votre ton est pénible car vous semblez donner des leçons. Or, à vous lire, vous ne paraissez pas très au courant de l'enseignement actuel.
On vous a déjà répondu plus haut. J'ajouterai que contrairement à ce que vous pensez, les enseignements ne sont pas cloisonnés. Dans mon cours, je parle parfois anglais, je fais référence aux mathématiques, à la biologie, je corrige l'expression française... et je ne suis pas seul à faire ainsi.
Vous citez Montaigne : "Il importe moins de former des docteurs que des honnêtes hommes"... C'est bien joli... Citons donc Pascal : "On n'apprend pas aux hommes à être honnêtes hommes, et on leur apprend tout le reste".

Écrit par : O.M. | mardi, 31 janvier 2006

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