« Ariel Sharon : l'Etat critique | Page d'accueil | Ségolène : Royal envolée »
vendredi, 06 janvier 2006
Mitterrand : Je ne vous quitterai pas
Il y a 10 ans, le 8 janvier 1996, François Mitterrand était arraché à notre affection. Lors de ses obsèques, trois jours plus tard, le monde découvrait un étrange attelage qui, à lui seul, pourrait résumer toute sa vie : une veuve officielle soutenue par ses deux fils que côtoyaient la maîtresse aimée et la fille illégitime choyée. Et, au titre du raton laveur cher à Prévert, le chien Baltik tenu en laisse, à la porte de l’église, par le plus dévoué grognard d’entre tous, le fidèle Charasse, qu’un républicanisme viscéral a toujours tenu éloigné des lieux de culte.
Lors de la messe de requiem, à Notre Dame de Paris, l’un des derniers dinosaures marxistes, Fidel Castro, avait la larme à l’œil, tout comme Helmut Kohl d’ailleurs. Et dans sa dévotion, Madame Chirac n’oublia pas, sur son prie-Dieu, de recommander au Très Haut l’âme du prédécesseur de son mari. Même les dignitaires socialistes avaient relégué leur bréviaire laïc pour s’acoquiner sur les bancs confessionnaux. Le défunt, il est vrai, avait de la religion et les enfants, de nombre d’entre eux, étaient dans une école privée.
C’est dire que chacun communiait, dans un parfait œcuménisme, à la mémoire de celui qui avait été, non seulement, le premier président socialiste de la République mais, en plus, avait su se faire réélire et mener jusqu’à son terme son second mandat.
Comme dans toute succession les héritiers s’ingénièrent à tuer le père, afin de se prouver qu’ils étaient en capacité d’exister sans lui. A peine le cercueil fermé, les portes et placards de la rue de Solferino claquèrent. Il échoyait de faire place nette, le legs n’étant accepté que sous bénéfice d’inventaire.
Aussi, s’en suit-il, pour le regretté président, une longue période de purgatoire avant de revenir en odeur de sainteté parmi une société en quête d’identité et de (re)pères idéologiques. « Je crois aux forces de l’esprit, je ne vous quitterai pas » avait-il prévenu lors de ses derniers vœux au pays.
Un notable respectable
Vous n’échapperez pas au rituel commémoratif du 10ème anniversaire de sa mort, digne d'un chemin de croix. Car, à défaut de pouvoir s’identifier à quelque leader charismatique aux idées fortes et fédératives, nous en sommes réduit à célébrer le culte de ceux qui ne sont plus. Le dernier des grands présidents est devenu le totem d’une époque où les mots espérance et fraternité avaient encore quelque sens.
Et pourtant, François Mitterrand n’avait rien d’un révolutionnaire, ni même d’un alter mondialiste comme nous dirions maintenant. C’était un notable dans toute l’acception du terme. Il suffit de se souvenir de son affiche électorale de 1981 « la force tranquille » représentant un petit village, près de Nevers, avec son clocher dont on avait couper la flèche. Elle fleurait bon la France rurale, conservatrice, celle de la terre dont Pétain se plaisait à dire : « elle ne ment pas »
Etrange paradoxe ! Cet homme a été élu, au son d’un programme commun incluant les communistes, par un électorat en réaction contre le modernisme d’un Giscard d’Estaing qui était, avant tout, l’ennemi à abattre et dont les réformes apparaissaient trop novatrices pour son temps : majorité à 18 ans, libéralisation de la contraception, de l’avortement, divorce par consentement mutuel, réforme de la famille, parité des droits entre conjoints, etc.
La France, de droite, a préféré un candidat qui ressemblait plus à l’archétype qu’elle se faisait, alors, d’un dirigeant : un respectable bourgeois puisant ses racines dans la ruralité de ses origines.
François Mitterrand a su manœuvrer merveilleusement, en digne émule de Machiavel, sachant tirer profit des évènements les plus déconcertants et, surtout, se situant toujours dans un rapport à l’Histoire. Fin lettré, il avait appris de Lao Tseu que « gouverne le mieux qui gouverne le moins » et avait compris combien l’acte de gouvernance doit s’entourer de mystère pour avoir quelque chance de s’élever à la dimension du sacré en deçà de laquelle il perd toute substance. Certainement, était-ce aussi sa nature profonde.
Une déferlante d’ouvrages
Les anniversaires sont les plus surs alliés de l’édition. Une déferlante d’ouvrages se charge de vous relater la grandeur et les faiblesses de l’illustre De cujus. Il y a de tout, et on en trouve pour tous les goûts, au magasin de la tontonmanie. Les Mitterrandolâtres ont de quoi se sustenter, ce qui n’aurait pas été sans déplaire à l’ancien président dont la bibliophilie était l’une de ses grandes passions et qui, lui-même, s’adonnait à l’écriture.
Mais si l’on veut débusquer l’homme Mitterrand, qui se cachait derrière le personnage politique qu’il donna à voir, il faut absolument lire le très beau livre d’Ariane Chemin et Géraldine Catalano Une famille au secret (Stock).
Elles nous content, avec beaucoup de délicatesse, loin du voyeurisme, sans jamais porter de jugement d’attribution, l’extraordinaire rencontre, en 1961, d’un homme marié de 45 ans, François Mitterrand député de la Nièvre, avec la fille d’un couple d’amis, Anne Pingeot. Elle a 18 ans.
Entre eux se nouera une passion qui ne sera jamais démentie. De cet amour, nécessairement caché, naîtra en 1974 une fille, Mazarine, toute aussi dissimulée. Jusqu’ici rien de plus banal dans cette liaison adultère et cette double vie, comme en connaissent nombre de familles de la bourgeoisie catholique traditionnelle française. Mais, tout se complique le jour où l’amant devient président de la République et apprend qu’il est atteint d’un mal incurable lui laissant peu de temps et de doute. A ce moment-là son destin bascule. A coup sûr, sans cette enfant et ce cancer, le cours de l’Histoire aurait pris une tout autre dimension.
François Mitterrand faisait partie de ces êtres complexes dont le destin est, nécessairement, hors du commun. C’est bien pour cela qu’il nous fascine, là où les marquis pygmées, qui font l’ordinaire de notre politique, ne génèrent qu’ennui et vacuité.
20:05 Publié dans Culture, Littérature, Mitterrand, Politique | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Politique































Commentaires
Imaginer Sarkozy en président de la république, après Mitterand effectivement quelle déchéance !!
Ecrit par : Thomas | samedi, 07 janvier 2006
au contraire, ce n'est pas difficile de faire mieux que Mitterrand !
Ecrit par : Alexandre | lundi, 09 janvier 2006
FAIBLESSE D'ESPRIT DES MASSES
Dix ans après ses funérailles, dans la presse François Mitterrand est passé d'intrigant douteux à "homme hors du commun", "personnage extraordinaire"... Les journalistes s'en donnent à coeur joie dans le concert de louanges et la mythification de l'homme Mitterrand. Extraordinaire François Mitterrand ?
Foutaise !
Mitterrand fut Président de la République française, c'est tout. Le reste n'est que légendes, embellissements, histoires revues, déformées à travers un prisme sentimental bien consensuel. C'est que les années apaisent bien des amertumes dans le coeur humain, et en une seule décennie les pires défauts du "cher disparu" se transforment en "qualités exceptionnelles"... Sous la baguette magique du temps, François Mitterrand, mortel semblable à tous les autres, est devenu une sorte de prince de la République, un génie énigmatique, une légende historique...
Dix ans après sa mort, ses mensonges les plus pervers ne sont plus que finesses politiques et pouvoirs de séduction ! Sa mégalomanie pharaonique n'est plus aujourd'hui que l'oeuvre désintéressée d'un "visionnaire" ayant "le sens aigu de l'Histoire"... Le culte odieux de la personnalité qu'il a insidieusement développé tout au long de ses deux septennats, en 2006 s'est transformé miraculeusement en panache de monarque. Légitime effet de la fonction que cette soif de grandeur architecturale, pensent en choeur ses anciens détracteurs... C'est même le signe des grands, ça ne peut pas tromper, n'est-ce pas ?
Comme le discours change vite en dix ans !
De manipulateur machiavélique Mitterrand est devenu une sorte de de Gaule sauveur du pays, une espèce de Saint-Louis rédempteur, un genre de Roi Soleil qui nous en met plein la vue ! En dix ans seulement, le vice a été fait vertu. Curieux retournement de veste d'une presse unanime... Hier vénéneux, aujourd'hui comestible, le champignon Mitterrand avec son écharpe et son chapeau est une silhouette fédératrice, un réceptacle à glorifications. La mite est devenu un mythe. Ironique effet du temps sur nos défunts dirigeants...
Destin extraordinaire que la vie de François Mitterrand à en croire le discours ambiant ? Je ne vois rien d'extraordinaire au destin de Mitterrand. La preuve : il est mort depuis dix ans. Lors de la commémoration du dixième anniversaire de sa mort on a pu voir Laurent Fabius se ridiculiser publiquement en portant chapeau et manteau à la Mitterrand... Le chapeau de Fabius porté à la Mitterrand, nouvel attribut des "princes de la République" ? Singerie pitoyable d'un clown de l'Énarque qui ose se prendre au sérieux ! Et tout ça pour servir la cause ambiante, pour être dans le bon ton. Le maître-mot de tous ces rendeurs d'hommage : ne surtout pas égratigner la fable ! Tous constatant que la légende a plutôt bien pris, dégonfler la mayonnaise passerait pour une faute de goût. Nécessairement impopulaire.
Mitterrand ne fut qu'un pauvre type comme nous tous, un homme ordinaire, un simple mortel, un médiocre comme nous le sommes tous sans aucune exception. Cessons de sacraliser nos semblables sous prétexte qu'ils portent un grand chapeau ou qu'ils ont le pouvoir de lever des armées en bougeant le petit doigt ! Empereurs, rois, esclaves, vagabonds, alcooliques, ouvriers d'usine, PDG, homme à deux têtes, à trois pattes, mathématicien, balayeurs de rues, génies ou dingos : tous dans le même sac ! Rien que des humains, de simples mortels, des êtres imparfaits, faillibles.
Les hommages médiatiques rendus à François Mitterrand ne sont qu'un vaste cirque, loin, très loin de la vérité, de l'âpre vérité politique dépouillée de ces flatteurs, mensongers artifices.
Raphaël Zacharie de Izarra
raphael.de-izarra@wanadoo.fr
Ecrit par : Raphaël Zacharie de Izarra | lundi, 09 janvier 2006
N’occultons pas le culte à Tonton
Dix ans que Mitterrand est mort. Voilà la France, enfin disons une partie, qui se prépare à célébrer cet événement. Il est acquis qu’un véritable culte semble voué à ce Président aux qualités exceptionnelles, tout le monde est d’accord, mais dont le bilan reste mitigé. Plusieurs déductions et hypothèses doivent être tirées. Premièrement, la France n’est pas exempte de religiosité et les Français ne doivent pas ricaner en observant leurs cousins américains avec leurs églises remplies. Ici, le culte est différent et passéiste. Donc deuxièmement, cette mélancolie socialiste est teintée de l’esprit de ces dernières années avec 2005 comme couronnement de la déprime et du sentiment de déclin emprunt d’auto-flagellation. A voir ce parcours Mitterrand organisé par Bertrand Delanoë, ont se croirait en plein 19ème siècle. Ce n’est pas un Voltaire mais un Flaubert qu’il nous faut pour secouer cette vénération de la famille socialiste. Troisièmement, une partie de la France sacrifie à une sorte d’amnésie soviétiste, s’interdisant de tracer un bilan honnête de l’action mitterrandienne. Dommage, on verrait ressortir une hypocrisie du pouvoir avec copinage, coterie, profits, jeux de cour digne de l’Ancien Régime, le tout accompagnée du sacrifice d’une portion des Français. La crise récente des banlieues doit être mise autant sur le dos de Chirac que de Mitterrand car c’est sous son règne que la fracture s’est installée, que SOS racisme a servi de bonne conscience pour masquer la paupérisation des banlieues, analysée dès les années 1980 par François Dubet auteur d’une étude sur la galère dans les cités, alors qu’en 1995, Matthieu Kassovitz signe la haine l’année où Tonton quitte la présidence. Sur d’autres plans, le bilan n’est guère reluisant. Perte des vertus républicaines dans l’administration etc. mais il ne faut pas tout mettre sur le dos de Tonton car il n’a fait qu’aller dans le sens des évolutions sociales. Individualisme, médiocrités, corruption, népotisme, petits fiefs associatifs ou étatiques dirigés par des autocrates, tricheries, niaiseries médiatiques, soumissions des valets, perte de l’enthousiasme citoyen, exploitation d’individus sous-classés, Tuc, Ces, doctorants…
Maintenant quelques question. Pourquoi ce culte apparemment plus intense que pour le Général ? Est-ce un trait de l’époque ou bien la conséquence de la médiatisation de la société ou encore le résultat d’un homme d’Etat qui n’a cessé de peaufiner son image en organisant lui-même le ressort de sa survie dans le monde temporel ? Mitterrand, obsédé par l’immortalité comme les pharaons d’Egypte, d’où la pyramide du Louvre mais sans la momie. En vérité, Mitterrand a momifié la vie politique française qui n’a cessé de perdre sa vitalité. Mitterrand, personnage moderne, pas tant pharaon que vampire et les socialistes qui ont donné le sang de l’honneur pour participer à cette de démantèlement républicain.
Ce culte mérite d’être profané. Je n’irai pas cracher sur ta tombe, Tonton, mais plutôt sur cette clique de vassaux du socialisme qui ont abandonné la République. Le culte n’est rien dans les bigots. Le mécréant que je suis se plaît à pourrir cette célébration autour de l’infante bien ordinaire et le rire de Dionysos se fait sarcasme, brandissant cette date du 21 avril 2002, voilà le signe de vos œuvres socialistes mais bien peu sociale. Je me gausse de cette mascarade, la France, une nation en piteux état, bravo le socialisme ! Fais pas cette tête Djack, je connais un moyen pour que ton sourire puisse s’agrandir, prend une lame de rasoir et utilise-la comme un harmonica !
Ecrit par : Fulcanelli | lundi, 09 janvier 2006
Les commentaires sont fermés.