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lundi, 02 janvier 2006

Des "bienfaits" de Mitterrand aux vertus du passé

Par les temps qui courent, discerner l’avenir devient une mission quasi impossible. Jacques Chirac, pour ses vœux, a eu beau enfourcher une nouvelle paire de lunettes, l’horizon qu’il nous invite à partager se résume au patriotisme, aux valeurs de la république (prononcé pas moins de neuf fois) et à « croire en la France » Après onze ans de règne, on hésite entre l’incantation et le constat d’impuissance et d’échec.

Aussi, dans un tel contexte, rien d’étonnant à voir ressurgir les valeurs d’antan comme palladium de l’avenir.

A quelques jours de la commémoration du dixième anniversaire de sa mort, François Mitterrand serait le meilleur président de la Ve République, selon un sondage CSA pour Libération.

Malgré ses secrets, ses affaires et ses amitiés troubles, pour 35 % des personnes interrogées, il reste le préféré des Français, devançant Charles de Gaulle, avec 30 %, et l’actuel locataire de l’Elysée, qui ne recueille que 12 % des sympathies dont seulement 19 % parmi la droite.

60 % des sympathisants de gauche approuvent cette mitterrandolâtrie, ce qui ne manquera pas de susciter quelques vapeurs du côté des éléphants de la rue de Solferino où soufflait, jusqu’à ces derniers temps, le vent du droit d’inventaire

Pour l’intégration des jeunes, la démocratie et la lutte contre le chômage, l’ancien président socialiste reste le plus efficace alors que Chirac l’est pour le sécurité, l’économie, la place de la France dans le monde et, bien plus inattendu, la construction européenne. En effet, pour les sondés, le non au référendum était, manifestement, un gage plus important d’unité de l’Europe que l’acceptation du traité de Maastricht.

 

Une histoire chancelante

 

Il est vrai, qu’en ce moment, la mémoire et notre histoire semblent subir les turbulences de la maladie d’Alzheimer.

Ainsi, pour clôturer l’année 2005, Arno Klarsfeld a donné une interview à Libération et est revenu sur son rôle face à « la loi, l’Histoire et de devoir de mémoire ».

Après avoir rappelé, avec toute la modestie qui le caractérise, les propos de l’historien Henri Rousso « Je suis l’avocat de la vérité » il répond à une question de libé :

« Quels sont les « bienfaits » de la colonisation ?

Arno Klarsfeld : La France a construit des routes, des dispensaires, apporté la culture, l'administration…. Je ne suis pas un spécialiste du sujet, mais le nier serait de l'aveuglement historique. »

Que dirait notre ancien soldat israélien si de jeunes allemands appliquaient ses évidences au IIIe Reich ? Après tout, nous devons au National-socialisme les premières autoroutes, Heidegger et Carl Schmitt sont venus jusqu’à nous et continuent d’influencer nos idées, le régime nazi entretint une telle pépinière de savants qu’après la guerre ceux-ci émigrèrent aux USA ou en URSS et nous bénéficions encore de leurs découvertes. Le nier ne serait-il pas de « l’aveuglement historique » et au nom de quelle obscure doctrine la lecture de l’histoire devrait-elle être incommensurable selon la rive du Rhin de laquelle on l’observe ?

Quel étrange paradoxe que de voir le révisionnisme, condamné par ailleurs, s’instiller au travers d’une mission officielle !

L’incertitude du devenir conduit toujours les gouvernants à ressusciter le passé à l’aune de leurs illusions et gageons que, demain, Jacques Chirac deviendra une valeur refuge bien au-delà des 1 % de ses concitoyens qui ne souhaitent pas, aujourd’hui, le voir se représenter.

De même, il se trouvera bien un ministre pour missionner une personnalité inculte en histoire afin de penser les « méfaits » de la colonisation en considérant comme nuls et non avenus tous les travaux antérieurs sur la question.

Décidemment, notre mémoire est bien sélective et … chancelante.

Photo : Reuters - Dessin : Le Monde

Commentaires

De toutes manières, Sarkozy se moque de l'histoire. La nomination de Arno Klasfeld est un coup politique. Contre l'évidence, il a revendiqué, comme Finkielkraut, un caractère ethnico religieux des violences urbaines. Le militantisme conniu de Klasfeld pour la cause israélienne ne pourra que lui donner, postérieurement, raison et la réaction du MRAP apporte de l'eau à son moulin. En outre, elle lui permet de brrosser dans le sens du poil la communauté juive afin de recueillir ses voix le moment venu. Lorsque l'on connait la position de l'Algérie, et du monde arabe en général, sur la colonisation, la désignation de Arno Klarsfekd est une provocation dont Sarkozy est coutumier.
L'histoire du 3ème reich reste à écrire. Politiquement, Sarko fera tout pour ne pas tomber dans le piège qu'il s'est lui-même tendu : tirer les conséquences logiques de la révision du colonialisme dans le sens d'une mise à jour des bienfaits. Mais il n'est pas à une contradiction prêt. Cela dit, il le fera si ça peut lui apporter des voix : Cet homme est sans morale

Ecrit par : Marlène | mardi, 03 janvier 2006

Cette période chaotico-nihiliste a au moins ceci de réjouissant que tous les masques semblent tomber les uns après les autres, les neocons, les oui-ouistes de gôche (socialistes, Thibault etc.) et maintenant Sarkozy et klarsfeld, tous semblant courir à corps perdu dans une folle fuite en avant vers je ne sais quel entonnoir.

Oui qu'on se le dise le patriotisme cest maaaaal, berk, caca... Sauf bien sûr chez les américains, les israëliens, les japonais, les inuits etc. etc. bref tous les autres, ou il est du meilleurs goût. Oui en fin de compte le nationalisme c'est bien sauf chez les peuples d'Europe - et le peuple français en perticulier - qui pourraient à cause de lui, ô horreur ! résister un tant soit peu au merveilleux processus de vassalisation à l'américano-libéralisme - pardon je voulais dire à la globalisation.

Pour finir je trouve ahurissant qu'un institut de sondage qui ose sortir un sondage aux résultats aussi peu vraissemblables (1% des sondés pour que Chirac se représente - avec une marge d'erreur de combien ?) n'ait pas encore perdu sa licence professionnelle. Encore des masques qui tombent.

Ecrit par : jaures-pas-torreton | mardi, 03 janvier 2006

Lire également les commentaires de ce post sur le site de Agora Vox qui l'a repris :

http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=5769

Ecrit par : B.L. | vendredi, 06 janvier 2006

L'oubli de Sartre : le roman noir de la société française post-sartrienne.

L'année Sartre a pris fin...

Dans un entretien avec J.-B. Pouy réalisé par Elfriede Müller le 29 janvier 2001 pour le site Europolar, Pouy défendait sa génération d'être passée en bloc à l'écriture de romans noirs après "la révolution manquée de 68". Bien que dans les faits, on pourrait y voir une corrélation, Pouy refusait de croire en une quelconque vérité de la formule journalistique selon laquelle "du drapeau rouge au roman noir", l'essentiel de son parcours aurait été celui d'un renoncement.
Dans la chronique proposée, c'est moins un écho à cette polémique qu'on entend dresser sur l'abandon du terrain de la lutte politique pour celui de l'écriture de fiction, qu'une tentative de saisir l'histoire française contemporaine comme une fiction de la plus noire espèce.


lien :
http://www.noircommepolar.com/ktml2/images/uploads/pdf/Sartre%20comme%20noir.pdf
site :
http://www.noircommepolar.com/f/index.php

Ecrit par : joël jégouzo | vendredi, 06 janvier 2006

FAIBLESSE D'ESPRIT

Dix ans après ses funérailles, dans la presse François Mitterrand est passé d'intrigant douteux à "homme hors du commun", "personnage extraordinaire"... Les journalistes s'en donnent à coeur joie dans le concert de louanges et la mythification de l'homme Mitterrand. Extraordinaire François Mitterrand ?

Foutaise !

Mitterrand fut Président de la République française, c'est tout. Le reste n'est que légendes, embellissements, histoires revues, déformées à travers un prisme sentimental bien consensuel. C'est que les années apaisent bien des amertumes dans le coeur humain, et en une seule décennie les pires défauts du "cher disparu" se transforment en "qualités exceptionnelles"... Sous la baguette magique du temps, François Mitterrand, mortel semblable à tous les autres, est devenu une sorte de prince de la République, un génie énigmatique, une légende historique...

Dix ans après sa mort, ses mensonges les plus pervers ne sont plus que finesses politiques et pouvoirs de séduction ! Sa mégalomanie pharaonique n'est plus aujourd'hui que l'oeuvre désintéressée d'un "visionnaire" ayant "le sens aigu de l'Histoire"... Le culte odieux de la personnalité qu'il a insidieusement développé tout au long de ses deux septennats, en 2006 s'est transformé miraculeusement en panache de monarque. Légitime effet de la fonction que cette soif de grandeur architecturale, pensent en choeur ses anciens détracteurs... C'est même le signe des grands, ça ne peut pas tromper, n'est-ce pas ?

Comme le discours change vite en dix ans !

De manipulateur machiavélique Mitterrand est devenu une sorte de de Gaule sauveur du pays, une espèce de Saint-Louis rédempteur, un genre de Roi Soleil qui nous en met plein la vue ! En dix ans seulement, le vice a été fait vertu. Curieux retournement de veste d'une presse unanime... Hier vénéneux, aujourd'hui comestible, le champignon Mitterrand avec son écharpe et son chapeau est une silhouette fédératrice, un réceptacle à glorifications. La mite est devenu un mythe. Ironique effet du temps sur nos défunts dirigeants...

Destin extraordinaire que la vie de François Mitterrand à en croire le discours ambiant ? Je ne vois rien d'extraordinaire au destin de Mitterrand. La preuve : il est mort depuis dix ans. Lors de la commémoration du dixième anniversaire de sa mort on a pu voir Laurent Fabius se ridiculiser publiquement en portant chapeau et manteau à la Mitterrand... Le chapeau de Fabius porté à la Mitterrand, nouvel attribut des "princes de la République" ? Singerie pitoyable d'un clown de l'Énarque qui ose se prendre au sérieux ! Et tout ça pour servir la cause ambiante, pour être dans le bon ton. Le maître-mot de tous ces rendeurs d'hommage : ne surtout pas égratigner la fable ! Tous constatant que la légende a plutôt bien pris, dégonfler la mayonnaise passerait pour une faute de goût. Nécessairement impopulaire.

Mitterrand ne fut qu'un pauvre type comme nous tous, un homme ordinaire, un simple mortel, un médiocre comme nous le sommes tous sans aucune exception. Cessons de sacraliser nos semblables sous prétexte qu'ils portent un grand chapeau ou qu'ils ont le pouvoir de lever des armées en bougeant le petit doigt ! Empereurs, rois, esclaves, vagabonds, alcooliques, ouvriers d'usine, PDG, homme à deux têtes, à trois pattes, mathématicien, balayeurs de rues, génies ou dingos : tous dans le même sac ! Rien que des humains, de simples mortels, des êtres imparfaits, faillibles.

Les hommages médiatiques rendus à François Mitterrand ne sont qu'un vaste cirque, loin, très loin de la vérité, de l'âpre vérité politique dépouillée de ces flatteurs, mensongers artifices.

Raphaël Zacharie de Izarra
raphael.de-izarra@wanadoo.fr

Ecrit par : Raphaël Zacharie de Izarra | lundi, 09 janvier 2006

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