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vendredi, 23 septembre 2005
Fatalité ?
Dominique de Villepin entend « engager le dialogue dans un esprit constructif » avec Hewlett Packard et réfléchir à une éventuelle demande de remboursement des fonds publics concédés à cette société.A la suite d’annonce de plus de 1.200 licenciements par la firme américaine, sur son site français, notre Premier ministre feint donc de s’étonner d’une telle mesure prise avec « une telle brutalité » pour reprendre l’expression de Jean-Louis Borloo.
Curieuse et triste époque où une entreprise commerciale devient l’interlocuteur privilégié d’un gouvernement, au même titre qu’un autre Etat, et entend dicter sa loi aux économies internes.
Mais il serait vain d’y voir la marque d’une fatalité. Il s’agit, tout bonnement, de la stricte application des thèses libérales en vigueur dans notre économie de marché dont Friedrich A. Hayek, icône de Wall Street, fut le brillant théoricien ; libéralisme dont les droites européennes sont les plus ferventes zélatrices.
Dominique de Villepin sait pertinemment que les aides publiques reçues par HP n’ont pas, en droit, à être remboursées. Des emplois ont bien été créés, un temps il est vrai, mais je le renvoie aux propos de Laurence Parisot, nouvelle égérie du Medef, tenu lors de la dernière université d’été du patronat : « La vie, la santé, l'amour sont précaires, pourquoi le travail échapperait-il à cette loi ? »
Quant aux délocalisations, il est à craindre qu’elles suivront la même logique, celle de « l’efficience » du profit. « On ne peut pas à la fois se féliciter que nos entreprises fassent des conquêtes à l'étranger et refuser la réciproque. » a rappelé la patronne des patrons.
Et la Commission européenne, comme l’a précisé son président, est d’autant plus impuissante à endiguer la tendance que les traités régissant l’union ont, eux-mêmes, affirmé le principe de la libre installation.
Le monde est devenu un grand marché dans lequel la France, comme bien d’autres pays, ne constitue qu’une échoppe.
Un tel système n’est pas le fruit du hasard, il a été voulu, mûri, pensé. Dans son édition, datée du 23 septembre, La Tribune titrait fièrement « 2005, année record pour les profits du CAC 40 » en précisant qu’ « elles devraient inscrire un nouveau record historique avec plus de 75 milliards d’euros de bénéfices. » Bref, comme le souligne le quotidien économique, un vrai « jackpot pour les actionnaires » surtout pour les entreprises ayant joué la carte gagnante de "l’international", c’est-à-dire de la mondialisation.
Dans le même temps, le chômage continue de battre, aussi, ses records historiques. Aussi, lorsqu’on veut nous faire croire que les licenciements n’ont rien à voir avec la recherche de profits il est permis de rester sceptique.
Nous nous berçons de l’illusion d’un travail pour tous alors que celui-ci se raréfie. Tant que nous ne nous attellerons pas à une véritable politique de répartition, plus juste, des richesses, et pas seulement des fruits d’une hypothétique croissante, les inégalités ne cesseront de se creuser, comme on l’observe, maintenant, aux Etats-Unis.
Déjà, en 1958 dans « La condition de l’homme moderne » Hannah Arendt nous prévenait : "L'époque moderne s'accompagne de la glorification théorique du travail et elle arrive en fait à transformer la société tout entière en une société de travailleurs. Le souhait se réalise donc, comme dans les contes de fées, au moment où il ne peut que mystifier. C'est une société de travailleurs que l'on va délivrer des chaînes du travail, et cette société ne sait plus rien des activités plus hautes et plus enrichissantes pour lesquelles il vaudrait la peine de gagner cette liberté (... Mais) ce que nous avons devant nous, c'est la perspective d'une société de travailleurs sans travail, c'est-à-dire privés de la seule activité qui leur reste. On ne peut rien imaginer de pire."
Aujourd’hui, le pire est en passe de devenir certitude.
18:25 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Politique































Commentaires
Dans l'histoire, il n'est pas sur qu'avec Fabius ce soit mieux !
Ecrit par : Prozac | samedi, 24 septembre 2005
Voir également les commentaires sur le site Bellaciao, sur lequel est repris ce post :
http://bellaciao.org/fr/article.php3?id_article=19008
Ecrit par : B.L. | lundi, 26 septembre 2005
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